Mme Roulin par Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Éléphant de Paris.
ah, curnonsky, non plus que l’aube,
n’était bien rigolo.
Il regardait le fil de l’eau.
C’était avant les taube.
Et moi j’apercevais-pourtant
qu’on fût loin de Cythère —
un objet singulier. Mystère :
c’était un éléphant.
Notre maison étant tout proche,
on le prit avec nous.
Il mettait, pour chercher des sous
sa trompe dans ma poche.
Hélas, rue-de-Villersexel,
la porte était trop basse.
On a beau dire que tout passe.
Non-ni le riche au ciel.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
auteur né une année en 4 :
Thomas Chatterton par Henry Wallis 1856, cliquez sur l'image
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme,
Que Chatterton eut tort de mourir ignoré,
Qu'au Théâtre-Français on l'a défiguré,
Quand vous aurez crié sept fois à l'athéisme,
Sept fois au contresens et sept fois au sophisme,
Vous n'aurez pas prouvé que je n'ai pas pleuré.
Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme,
Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?
Je vous dirai : " Sachez que les larmes humaines
Ressemblent en grandeur aux flots de l'Océan ;
On n'en fait rien de bon en les analysant ;
Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n'en aurez demain
Qu'un méchant grain de sel dans le creux de la main. "
George SAND (1804-1876)
Cupidon et Vénus par Lambert Sustris 1560, cliquez sur l'image
Et voici, l’Amour est venu frapper à la porte de notre maison,
Nu comme la Pureté, doux comme la Sainteté ;
Ses flèches lancées vers le soleil mourant chantaient
Comme son rire de jeune dieu qui chasse toute raison.
Stuart Merrill
Les Quatre Saisons : Poème
extrait de "la visitation de l'amour"
Société du Mercure de France, 1900
Les coquelicots noirs et les bleuets fanés
Dans le foin capiteux qui réjouit l'étable,
La lettre jaunie où mon aïeul respectable
A mon aïeule fit des serments surannés,
La tabatière où mon grand-oncle a mis le nez,
Le trictrac incrusté sur la petite table
Me ravissent. Ainsi dans un temps supputable
Mes vers vous raviront, vous qui n'êtes pas nés.
Or, je suis très vivant. Le vent qui vient m'envoie
Une odeur d'aubépine en fleur et de lilas,
Le bruit de mes baisers couvre le bruit des glas.
Ô lecteurs à venir, qui vivez dans la joie
Des seize ans, des lilas et des premiers baisers,
Vos amours font jouir mes os décomposés.
recueil : Le coffret de santal
palais Maeterlinck dominant la Méditerrannée à Nice photo Jalm, cliquez sur l'image
Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants
La mer, magicienne éblouissante et nue.
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.
Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914)
L’Horizon chimérique Recueil posthume 1920
les alyscamps par Van Gogh, cliquez sur l"image
Carthame chatoyant, cinabre,
colcothar, orpiment,
vous dont j’ai goûté l’ornement
sur la rive cantabre ;
orpiment, dont l’éclat soyeux
le soleil lui reflète ;
colcothar, tendre violette
éclose dans ses yeux ;
fleur de cinabre, étroite et rare,
secret d’un beau jardin ;
carthame et toi, rose soudain,
dont sa pudeur se pare…
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
auteur né une année en 4 :
magnolia double vallon du Stangalar photo Jalm, cliquez sur l'image
J'étais un arbre en fleur où chantait ma Jeunesse,
Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé,
Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé,
Il avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse.
Mais sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l'écho troublé
Et le coeur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.
Tout se tait, tout est mort ! L'arbre, veuf de chansons,
Étend ses rameaux nus sous les mornes saisons ;
Quelque craquement sourd s'entend par intervalle ;
Debout il se dévore, il se ride, il attend,
Jusqu'à l'heure où viendra la Corneille fatale
Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.
Charles SAINTE-BEUVE (1804-1869)
Recueil : Poésies diverses