auteur né une année en 4 :
forum de Rome photo Jalm, cliquez sur l'image
À Maurice Nicolle.
L'illustre ville meurt à l'ombre de ses murs ;
L'herbe victorieuse a reconquis la plaine ;
Les chapiteaux brisés saignent de raisins mûrs.
Le barbare enroulé dans sa cape de laine
Qui paît de l'aube au soir ses chevreaux outrageux,
Foule sans frissonner l'orgueil du sol Hellène.
Ni le soleil oblique au flanc des monts neigeux,
Ni l'aurore dorant les cimes embrumées
Ne réveillent en lui la mémoire des dieux.
Ils dorment à jamais dans leurs urnes fermées,
Et quand le buffle vil insulte insolemment
La porte triomphale où passaient des armées,
Nul glaive de héros apparu ne défend
Le porche dévasté par l'hiver et l'automne
Dans le tragique deuil de son écroulement.
Le sombre lierre a clos la gueule de Gorgone.
Pierre QUILLARD (1864-1912)
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O Khayyam ! quand tu es ivre, sois dans l'allégresse ;
quand tu es assis près d'une belle, sois joyeux.
Puisque la fin des choses de ce monde c'est le néant,
suppose que tu n'es pas, et puisque tu es, livre-toi au plaisir.
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
ange musicien chapelle ste Anne de daoulas photo Jalm, cliquez sur l'image
Mais nous l’ouvrirons un jour, la porte de notre maison,
Pour que l’Amour, notre ami, aille baiser les hommes
Sur leurs lèvres et leurs yeux — aveugles et muets que nous sommes ! —
Comme il nous baisa sur les nôtres, ce soir plein d’oraisons !
Stuart Merrill
Les Quatre Saisons : Poème
extrait de "la visitation de l'amour"
Société du Mercure de France, 1900
les laveuses à Arles Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Le sonneur se suspend, s’élance,
perd pied contre le mur
et monte : on dirait un fruit mûr
que la branche balance.
Une fille passe. Elle rit
de tout son frais visage :
l’hiver de ce noir paysage
a-t-il soudain fleuri ?
Je vois briller encor sa face,
quand elle prend le coin.
L’angélus et sa jupe, au loin,
l’un et l’autre, s’efface.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
auteur né une année en 4 :
château de Montmoreau St Cybard photo Jalm, cliquez sur l'image
... Ne réservez pas à ma vieillesse un château, mais faites-
moi la grâce de me garder, comme dernier refuge, cette cuisine
avec sa marmite toujours en l'air,
avec la crémaillère aux dents diaboliques,
la lanterne d'écurie et le moulin à café,
le litre de pétrole, la boîte de chicorée extra et les allumettes
de contrebande,
avec la lune en papier jaune qui bouche le trou du tuyau de poêle,
et les coquilles d'oeufs dans la cendre,
et les chenets au front luisant, au nez aplati,
et le soufflet qui écarte ses jambes raides et dont le ventre fait
de gros plis,
avec ce chien à droite et ce chat à gauche de la cheminée,
tous deux vivants peut-être,
et le fourneau d'où filent des étoiles de braise,
et la porte au coin rongé par les souris,
et la passoire grêlée, la bouillotte bavarde et le grill haut sur
pattes comme un basset,
et le carreau cassé de l'unique fenêtre dont la vue se paierait cher
à Paris,
et ces pavés de savon,
et cette chaise de paille honnêtement percée,
et ce balai inusable d'un côté,
et cette demi-douzaine de fers à repasser, à genoux sur leur planche,
par rang de taille, comme des religieuses qui prient, voilées de noir
et les mains jointes.
Jules RENARD (1864-1910)