affiche de Théophile-Alexandre Steinlen pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur le lien
À Mademoiselle A. H.
Le silence est l’âme des choses
Qui veulent garder leur secret.
Il s’en va quand le jour paraît,
Et revient dans les couchants roses.
Il guérit des longues névroses,
De la rancune et du regret.
Le silence est l’âme des choses
Qui veulent garder leur secret.
À tous les parterres de roses
Il préfère un coin de forêt
Où la lune au rayon discret
Frémit dans les arbres moroses :
Le silence est l’âme des choses.
Les Névroses
forêt dans la vallée de l'Areuse canton de Neuchâtel photo Jalm, cliquez sur les liens
A nous les bois et leurs mystères,
Qui pour nous n'ont plus de secrets !
A nous le fleuve aux ondes claires
Où se reflète la forêt,
A nous l'existence sauvage
Pleine d'attraits et de douleurs !
A nous les sapins dont l'ombrage,
Nous rafraîchit dans nos labeurs.
Dans la forêt et sur la cage
Nous sommes trente voyageurs.
Bravant la foudre et les tempêtes
Avec leur aspect solennel,
Qu'ils sont beaux ces pins dont les têtes
Semblent les colonnes du ciel !
Lorsque privés de leur feuillage
Ils tombent sous nos coups vainqueurs,
On dirait que dans le nuage
L'esprit des bois verse des pleurs.
Dans la forêt et sur la cage
Nous sommes trente voyageurs.
(...)
Octave CRÉMAZIE (1827-1879)
extrait de Le Chant des voyageurs
Je crus à la fierté d'un certain déshonneur,
Aux ferveurs du vermouth, aux rêves des lanternes,
A ce rouge as d'amour, à ce riche as de coeur
Beau comme l'incendie, l'échafaud, les casernes..
J'ai chéri les printemps peints sur les murs des bars,
Entre les miroirs purs et le bruit des fontaines,
Aimé, par les soirs doux, humectés de brouillard,
L'absinthe au fifre vert qui secourait Verlaine.
(...)
Je crus, vraiment, à l'héroïsme des bastringues,
Aux batailles d'azur des punchs et des ballons,
A la séduction foraine des meringues,
Aux acides amours, frais comme des citrons.
(...)
J'étais fière d'avoir pris l'infâme défroque
Afin de t'étonner, ô mon mauvais garçon,
Et d'avoir surpassé la bravade équivoque
Qui luit de ton oeil jaune à ta jeune chanson.
(...)
Crois tu ? Quel romanesque ! Et j'étais si sincère...
J'ai cru que c'était vrai, bien vrai, toi, moi et nous,
Les hottes de lilas au dos de la misère,
Les astres du manège au fond des yeux jaloux..
(...)
Il pleut. Ma porte est close, et .. Madame est servie !
Que tu es loin ! Je peux ne jamais te revoir.
J'entends les pas des bons bourgeois, sur le trottoir.
Une Ombre sans éclat me dit " je suis la Vie.."
D'humbles, de tristes voix crient les journaux du soir.
Le mas d'Arles Paul Gauguin 1888, cliquez sur les liens
Sur l’océan couleur de fer
Pleurait un chœur immense
Et ces longs cris dont la démence
Semble percer l’enfer.
Et puis la mort, et le silence
Montant comme un mur noir.
… Parfois au loin se laissait voir
Un feu qui se balance.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
Jeune paysanne faisant du feu, gelée blanche (1887-89) de Camille PISSARRO, cliquez sur les liens
Non, non, je m'en dédis, je suis tien, ma maîtresse,
Je suis tien, je le suis et le serai toujours.
Jusqu'à ce que la mort aura borné mes jours,
Et même après la mort, si l'amour ne nous laisse.
J'ai mille fois juré, fâché de ta rudesse,
De couper le chemin à mes longues amours :
Mais toujours mon désir ressort tout au rebours,
Et tant que je te fuis, tant plus l'amour m'oppresse.
Ô serments d'amoureux ! Ô que vous êtes vains !
Et vous petits courroux et vous petits dédains
Vous semblez aux soufflets dont un feu se rallume,
Ayant sa flamme éteint: car ainsi peu à peu
Vous tuez d'un soufflet la flamme à notre feu,
Afin que dans nos coeurs plus ardent il s'allume.
N'écris pas. Je suis triste, et je voudrais m'éteindre.
Les beaux étés sans toi, c'est la nuit sans flambeau.
J'ai refermé mes bras qui ne peuvent t'atteindre,
Et frapper à mon coeur, c'est frapper au tombeau.
N'écris pas !
N'écris pas. N'apprenons qu'à mourir à nous-mêmes.
Ne demande qu'à Dieu... qu'à toi, si je t'aimais !
Au fond de ton absence écouter que tu m'aimes,
C'est entendre le ciel sans y monter jamais.
N'écris pas !
N'écris pas. Je te crains ; j'ai peur de ma mémoire ;
Elle a gardé ta voix qui m'appelle souvent.
Ne montre pas l'eau vive à qui ne peut la boire.
Une chère écriture est un portrait vivant.
N'écris pas !
N'écris pas ces doux mots que je n'ose plus lire :
Il semble que ta voix les répand sur mon coeur ;
Que je les vois brûler à travers ton sourire ;
Il semble qu'un baiser les empreint sur mon coeur.
N'écris pas !
" Les femmes aussi " est une nouvelle rubrique qui paraitra tous les dimanches
ce titre est un clin d'oeil à Eliane Victor qui animait une émission sur le quotidien des femmes , assez avant gardiste même si elle ne put aborder tous les sujets pourtant si spécifiques aux femmes !
Vous trouverez donc dans cette rubrique uniquement des poèmes écrits par des femmes,
j'espère que vous prendrez plaisir à lire, découvrir ou redécouvrir ces auteures ... (tiens, le correcteur orthographique souligne le mot auteure ...)
adoration des mages d'Hugo van der Goes 1470 Gemäldegalerie Berlin, cliquez sur les liens
l'or Gît sur la terre
devant l'enfant de Marie
Bienheureux les doux
de Jean-Luc Aotret