fleurs de lys d'estampe chinoise, cliquez sur l'image
le matin fleurit
dans les chants d'oiseaux
vient un jour nouveau
où l'hiver s'enfuit
Après le « Tankafère » d’Ólöf du printemps 2013, voici le « Tang à faire » de Dông Phong qui nous propose un nouveau jeu poétique pour le printemps 2015 :
La dynastie des Tang (唐朝, 618-907) était celle qui a offert à la Chine ses plus grands poètes. À côté des célébrités universelles telles que Li Bai (李白, 701-762), Du Fu (杜甫, 712-770), Bai Ju Yi (白居易, 772-846), etc…, une multitude de « petits maîtres » nous ont légué des milliers de poèmes plus beaux les uns que les autres. Ces lettrés ont codifié la prosodie dite Tang, qui a fait flores dans l’aire culturelle chinoise (Chine, Japon, Corée, Viêt Nam) et qui, depuis plus de mille ans, continue de fasciner les poètes de ces pays. Cette prosodie très formelle, aux tons préfixés à l’intérieur des vers, s’exprime en quatrains ou en huitains de pentasyllabes ou d’heptasyllabes. Quelle qu’en soit la forme, les poèmes Tang exigent toujours deux « sentences parallèles », c’est-à-dire deux vers de même structure syntaxique et dont les idées se complètent ou s’opposent. Nous en avons déjà donné quelques exemples sur Temps-Pestif, dans « Poètes sans frontières », jeudi 24 mars 2011, un quatrain de cinq pieds, où les deux premiers vers sont des « sentences parallèles » :
南行別弟
澹澹長江水
悠悠遠客情
落花相與恨
到地一無聲
Wei Chen Kang (韋承慶)
(VIIIème siècle)
Traduction par Đông Phong :
En partant vers le Sud, dire adieu au petit frère
Douce, douce, coule la longue rivière,
Long, long, l’étranger égrène son ennui,
Une fleur égarée partage la même colère
Et tombe au sol sans un bruit.
Dans « Poètes sans frontières », lundi 5 septembre 2011, un huitain de sept pieds, où les 3ème et 4ème vers d’une part, et les 5ème et 6ème vers d’autre part, sont des « sentences parallèles » :
Mạn thuật IV
Đủng đỉnh chiều hôm dắt tay,
Trông thế giới phút chim bay.
Non cao non thấp mây thuộc,
Cây cứng cây mềm gió hay.
Nước mấy trăm thu còn vậy,
Nguyệt bao nhiêu kiếp nhẫn này.
Ngoài chưng mọi chốn đều thông hết,
Bui một lòng người cực hiểm thay !
Traduction par Dông Phong :
Improvisation IV
Le soir me prend la main pour flâner,
Et je regarde le monde au moment où les oiseaux vont s’envoler.
Montagnes hautes ou basses, les nuages les connaissent par cœur,
Arbres rigides ou souples, le vent en mesure la vigueur.
L’eau, depuis des centaines d’automnes, reste pareille,
La lune, tant de générations vainement la surveillent.
De toutes les choses que j’arrive à pénétrer,
Seul le fond des humains je ne peux point sonder.
Nous vous proposons donc de nous amuser, en composant des petits poèmes Tang.
Règle : Composez, sur le modèle de celui de Wei Chen Kang, un quatrain de pentasyllabes (5 pieds), avec deux rimes abab ou abba. Le thème peut être lié au printemps selon votre inspiration, mais en plaçant dans les deux premiers vers deux « sentences parallèles ». Vous obtiendrez alors un quatrain qu’on pourrait appeler « Tang à faire », comme celui-ci :
roses d'estampe chinoise, cliquez sur l'image
Le ciel s’éclaire,
La terre renaît…
Partout on s’affaire
À semer le blé.
ponton dans le bassin d'Arcachon photo Jalm, cliquez sur l'image
Le ciel incandescent d’un million d’étoiles
Palpite sur mon front d’enfant extasié.
Le feu glacé des nuits s’infuse dans mes moelles
Et je me sens grandir comme un divin brasier.
Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914)
L’Horizon chimérique Recueil posthume 1920
Spring Spreads One Green Lap of Flowers 1910 de John William Waterhouse (1849-1917), cliquez sur l'image
Aisling ghéar do dhearcas féin
ar leaba ‘s mé go lagbhríoch
an ainnir shéimh darbh ainm Éire
ag teacht im ghaor ar marcaíocht
a súile glas, a cúl tiubh casta
a com ba gheal ‘s a mailí
dá mhaíomh go raibh ag tíocht ‘na gar
a diogras, Mac an Cheannaí
J'eus une amère vision,
alors que je reposais las dans mon lit :
une légère jeune fille dont le nom était Éire,
venait vers moi en glissant,
avec ses yeux verts, ses cheveux bouclés et épais,
la taille et le front bien faits,
déclarant qu'il arrivait,
son bien-aimé, le fils du Rédempteur.
Aogán Ó Rathaille (1670-1726)
auteur né une année en 5 :
cupidon par Le sodoma (1477-1549), cliquez sur l'image
Passer ses jours à désirer,
Sans trop savoir ce qu'on désire ;
Au même instant rire et pleurer,
Sans raison de pleurer et sans raison de rire ;
Redouter le matin et le soir souhaiter
D'avoir toujours droit de se plaindre,
Craindre quand on doit se flatter,
Et se flatter quand on doit craindre ;
Adorer, haïr son tourment ;
À la fois s'effrayer, se jouer des entraves ;
Glisser légèrement sur les affaires graves,
Pour traiter un rien gravement,
Se montrer tour à tour dissimulé, sincère,
Timide, audacieux, crédule, méfiant ;
Trembler en tout sacrifiant,
De n'en point encore assez faire ;
Soupçonner les amis qu'on devrait estimer ;
Être le jour, la nuit, en guerre avec soi-même ;
Voilà ce qu'on se plaint de sentir quand on aime,
Et de ne plus sentir quand on cesse d'aimer.
Adélaïde DUFRÉNOY (1765-1825)
pour en savoir plus sur Omar cliquez sur l'image
Hier au soir, dans la taverne, cet objet de mon coeur
qui me ravit l'âme me présenta la coupe avec un air ravissant de sincérité
et de désir de me complaire, et m'invita à boire. "Non, dis-je, je ne boirai pas.
- Bois, me répondit-il, pour l'amour de mon coeur"
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
La Nuit étoilée, 1889, Van Gogh, cliquez sur l'image
J’ai beau trouver bien sympathique
Feu Loufoquadio,
Ses japs en sucre candiot,
Son Bouddha de boutique ;
J’aime mieux le subtil schéma,
Sur l’hiver d’un ciel morne,
De ton aérien bicorne,
Noble Foujiyama,
Et tes cèdres noirs, et la source
Du temple délaissé,
Qui pleurait comme un cœur blessé,
Qui pleurait sans ressource.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929