O vin limpide, vin plein d'émail !
je veux, fou que je suis, te boire en quantité telle,
que quiconque m'apercevant de loin et me confondant avec toi,
puisse me dire : "Ô maître ! dis-moi, d'où viens-tu ?
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur le lien
Voici l’heure décolorée :
La créole a quitté l’ombrelle
Et bâille dans son hamac frêle
Au bruit de la vague éplorée.
Les chatoiements du clair de lune
Vont et viennent sur sa peau brune :
Cependant que sur l’âpre dune
Les algues soufflent leur parfum.
Plus d’un boa cherchant fortune
Dans la forêt se traîne à jeun,
Et les colibris, un par un,
S’effacent dans le jour défunt.
Gracieux fantôme indistinct,
Elle dort d’un sommeil profond,
Et la couleur de l’air se fond
Avec la couleur de son teint.
Les âmes - Les Névroses
Une violente tempête de pluie sur le bassin.
Le bassin est criblé de petites épines blanches, jaillissant et plongeant ; le bassin est hérissé de bondissantes petites épines blanches comme les piquants d'un jeune hérisson. Il se hérisse, et puis des vagues noires le traversent ; frissons noirs, et les petites épines d'eau sont blanches.
Une pluie désordonnée et les ormes secoués de haut en bas.
Le bassin débordant d'un côté ; les feuilles de nénuphars tirant sur leurs tiges ; la fleur rouge voguant à la dérive, un pétale battant.
Puis calme complet pendant un instant, puis tout redevient épines ; des épines comme du verre ; sautillant sans arrêt ; une rapide souillure d'ombre.
Et maintenant la lumière du soleil ; verte et rouge ; tout brille, le bassin d'un vert sauge, l'herbe d'un vert éclatant ; des baies rouges dans les haies, des vaches très blanches,
du violet au dessus d'Asheham.
extrait de : Journal d'un écrivain
Poche
* titre donné par Temps Pestif
Les caresses des yeux sont les plus adorables ;
Elles apportent l'âme aux limites de l'être,
Et livrent des secrets autrement ineffables,
Dans lesquels seul le fond du coeur peut apparaître.
Les baisers les plus purs sont grossiers auprès d'elles ;
Leur langage est plus fort que toutes les paroles ;
Rien n'exprime que lui les choses immortelles
Qui passent par instants dans nos êtres frivoles.
Lorsque l'âge a vieilli la bouche et le sourire
Dont le pli lentement s'est comblé de tristesses,
Elles gardent encor leur limpide tendresse ;
Faites pour consoler, enivrer et séduire,
Elles ont les douceurs, les ardeurs et les charmes !
Et quelle autre caresse a traversé des larmes ?
I am alôône
la bonne idée que j'ai eue
de le dire à l'écho
Si le fleuve savait
tout ce qu'il emporte...
ça ne changerait rien
Tiens donc un nuage
lui aussi est dans la lune
nuit d'été
Pitié pour le siècle
il zappe la mi-saison
la nuance itou
De la fourmi au sol
au cumulus dans le ciel
mes yeux vont et viennent
extraits de : Dieu m'étonnera toujours - Suites pour le temps qui passe
Editions Dialogues
*titre donné par Temps Pestif
falaises de Plouha dans les Côtes d'Armor photo Jalm, cliquez sur les liens
La Mer est infinie et mes rêves sont fous.
La mer chante au soleil en battant les falaises
Et mes rêves légers ne se sentent plus d’aise
De danser sur la mer comme des oiseaux soûls.
Le vaste mouvement des vagues les emporte,
La brise les agite et les roule en ses plis ;
Jouant dans le sillage, ils feront une escorte
Aux vaisseaux que mon cœur dans leur fuite a suivis.
Ivres d’air et de sel et brûlés par l’écume
De la mer qui console et qui lave des pleurs
Ils connaîtront le large et sa bonne amertume ;
Les goélands perdus les prendront pour des leurs.
Jean de La Ville de Mirmont (1886-1914)
L’Horizon chimérique Recueil posthume 1920
Douceur de soie rose
frôlant mon intimité :
nipponnes caresses
Seda rosada
rozando mi intimidad :
niponas caricias
extrait de "La lune dans les cheveux" Edition L'Iroli
Collectif de haïkus bilingue français-espagnol
Les nuages ont quelque chose des chiffons blancs du magicien.
Un tour se prépare dans les cumulus castellanus.
Tout d'un coup, sans que l'on puisse comprendre la manipulation, il pleut.
La plupart du temps il tombe de pluie, en hiver de la neige, et parfois, quand le magicien du ciel est en forme, il tombe des sauterelles ou des grenouilles.
ça change des lapins blancs.
Des proverbes et des chansons affirment qu'il peut pleuvoir de l'or, des chats et des cordes, des hommes et des femmes...
De la pluie - Collection : Les Petits Traités
Editions Ramsay
* titre donné par Temps Pestif