boîte de thé photo JJB, cliquez sur l'image
Dame, par votre mise en boîte
Mon coeur s'est senti emballé,
De grâce, ne restez pas froide
Devant mon amour refoulé !
Dông Phong
L'envoi est la dernière strophe d'une "ballade", poème très en vogue au 15ème siècle. Il en constitue la conclusion et la dédicace à la personne dénommée Prince(sse), dame ou sire qui préside au tournoi de poésie. En voici un exemple tiré de la "ballade des dames du temps jadis" de François Villon (1431-1463) :
Prince, n'enquerez de sepmaine
Où elles sont, ne de cest an,
Qu'à ce reffrain ne vous remaine:
Mais où sont les neiges d'antan !
L'association CABA du marché bio de Kerinou à Brest nous renouvelle sa confiance pour illustrer poétiquement sa prochaine fête du 29 mai consacrée à "l'emballage". Je vous propose donc ce mois-ci de considérer poétiquement l'emballage quelquefois ravissant qu'est celui de "la boîte en fer" pour en faire l'objet d'un envoi.
boîte en fer Henriot photo Jalm cliquez sur l'image
règle du jeu : Composez l'envoi d'une petite ballade c'est à dire une strophe de quatre vers (quatrain) de huit pieds (octosyllables) sur deux rimes croisées abab commençant par le vocatif Prince(sse) dame ou sire. Insérez où vous voulez le mot "boîte" et le substantif "emballage ou emballer" et vous obtiendrez alors un petit poème que j'appelerais bien un "emballagramme" comme celui-ci :
Dame en cette boîte j'ai mis
le rythme emballé de mon coeur
un amour vainqueur de soucis
et une rose en votre honneur
de Jean-Luc Aotret
Servez-vous de la trame de vos vers comme d'un bolduc pour emballer vos petites boîtes poétiques pétries de rimes et de rythme, puis envoyez-les à qui de droit !...
Vous êtes bien entendu chaleureusement conviés à glisser vos créations et vos appréciations dans les commentaires. Les poèmes récoltés au cours de ce jeu seront publiés sur les étals du marché bio de Kerinou.
auteur né une année en 0 :
dans la forêt du Cranou cliquez sur l'image
Dans la forest d'esperance lointaine
Souci, douleur, regret et deconfort,
Comme aspres chiens abboians pressent fort
Un pauvre cerf, hatant sa course vaine.
Souci le tient, douleur presque l'entreine,
Regret pront saute, et le serre, et le mord,
Desir haut trompe ; Amour, veneur accort
Mande à son cuer une fleche soudaine.
Que fera-t-il ? Chiens n'ont point de pitié,
Puis le chasseur est aspre en mauvaitié.
A l'Amalthée il vient donq' secours prendre,
Et en fuiant leur assaut inhumain,
Plutôt qu'aller à une autre se rendre,
Aime trop mieux de morir par sa main.
Marc Claude de BUTTET (1530-1586)
Si je bois du vin, ce n'est pas pour ma propre satisfaction ;
je ne cherche ni le désordre ni à m'abstenir de religion et de moral :
non, c'est pour respirer un moment en dehors de moi-même.
Aucun autre motif ne me sollicite à boire, à m'enivrer.
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
auteur né une année en 0 :
Flora par le Tintoret cliquez sur l'image
Le ciel avoit decouvert ses beaux yeus,
Pour eclairer la nuit sombre et obscure,
Quand j'apperceu la vive pourtraiture
De celle, ou git mon espoir gracieus.
Je fu trompé par l'espoir radieus
Que ses flambeaux jettoient à l'avanture,
Sur le plus haut de ma propre stature,
Qui luy servoit d'objet delicieus.
Si lustre étoit, et limpide sa veuë,
Si transparent et si tres-emouluë,
Qu'elle excedoit en lueur, les etoiles :
Je ne la peu jamais voir à plaisir,
Bien que tel fu mon envieus desir,
Tant s'opposoient devant mes yeus de voiles.
Philibert BUGNYON (1530-1587)
Les Erotasmes de Phydie et Gelasine
marais salants à Guérande cliquez sur l'image
Cette lumière
que le regard murmure
quand il se pose
comme elle nous grandit
Comme elle nous accompagne
cette basse obstinée
du silence des siècles
en cette lente rotation des astres
autour du coeur
Gilles Baudry
février 2010
Lady Lilith de Dante Gabriel Rossetti, cliquez sur l'image
Le mal avait filtré dans les hommes. Par où ?
Par l'idole ; par l'âpre ouverture que creuse
Un culte affreux dans l'âme humaine ténébreuse.
Ces temps noirs adoraient le spectre Isis-Lilith,
La fille du démon, que l'Homme eut dans son lit
Avant qu'Eve apparût sous les astres sans nombre,
Monstre et femme que fit Satan avec de l'ombre
Afin qu'Adam reçût le fiel avant le miel,
Et l'amour de l'enfer avant l'amour du ciel.
Eve était nue. Isis-Lilith était voilée.
Les corbeaux l'entouraient de leur fauve volée;
Les hommes la nommaient Sort, Fortune, Ananké ;
Son temple était muré, son prêtre était masqué ;
On l'abreuvait de sang dans le bois solitaire ;
Elle avait des autels effrayants. Et la terre
Subissait cette abjecte et double obscurité :
En bas Idolâtrie, en haut Fatalité.
Victor Hugo 1886
extrait de "l'entrée dans l'ombre"
La Fin de Satan