auteur né une année en 0 :
bois de Pont Christ photo Sélène cliquez sur l'image
Forêts solitaires et sombres,
Je viens, dévoré de douleurs,
Sous vos majestueuses ombres,
Du repos qui me fuit respirer les douceurs.
Recherchez, vains mortels, le tumulte des villes ;
Ce qui charme vos yeux aux miens est en horreur:
Ce silence imposant, ces lugubres asiles,
Voilà ce qui peut plaire au trouble de mon coeur.
Arbres, répondez-moi !... Cachez-vous ma Sylvie ?
Sylvie, ô ma Sylvie !... Elle ne m'entend pas.
Tyrans de ces forêts, me l'auriez-vous ravie ?
Hélas ! je cherche en vain la trace de ses pas.
Nicolas GILBERT (1750-1780)
pour en savoir plus sur Omar cliquez sur l'image
O homme insouciant! ce corps de chair n'est rien,
cette voûte composée de neuf cieux brillants, rien. Livre-toi donc à la joie,
dans ce lieu où règne le désordre notre vie n'est attachée que pour un instant,
et cet instant n'est également rien.
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
pointe de Pern à Ouessant photo Jalm cliquez sur l'image
Lancer au vent mes petits vers
Comme une bouteille à la mer…
Pourquoi, me dis-je, pour quoi faire ?
J’aurais mieux fait de me taire !
- Hé, l'ami, tu es bien amer
Ce soir au bord de notre aber !
L’image du pays de tes pères
Est à présent si délétère !
Ainsi me répond le noroît
Pendant que la mer se déchaîne,
Comme les souvenirs en moi.
Mais comment puis-je oublier
Ces temps de guerres et de peines
Qui ont détruit notre passé ?
Dông Phong
auteur née une année en 0 :
rosier à Le Vast dans le nord Cotentin photo Jalm cliquez sur l'image
L'hiver au doux printemps vient de céder la place,
Mars de sa tiède haleine a réchauffé l'espace,
La prairie étale ses fleurs :
Revenez donc, mes hirondelles,
Ne me soyez point infidèles,
Revenez, le bruit de vos ailes
A l'instant suspendra mes pleurs.
Laissant au rossignol les arbres du bocage,
Dans mes vases garnis de fleurs et de feuillage,
Gazouillez du matin au soir.
Je veux que chacune en dispose,
Et pour mieux becqueter la rose,
La giroflée à peine éclose,
Penchez-vous sur mon arrosoir.
Reine GARDE (1810-1887)
bataiile de Pavie 1525 Bernard van Orley 1531
pour en savoir plus sur la bataille de Pavie cliquez sur l'image
Il eut des talents divers,
Même on assure une chose :
Quand il écrivait des vers,
Qu’il n’écrivait pas en prose.
Bernard de La Monnoye (1641-1728)
Voici une petite fable glanée à Carteret sur mon chemin vers le Mont St Michel. Je la trouve finalement bien opportune si on l'adapte aux pêcheurs imprudents que j'ai pu voir le long des côtes normandes et qui eux devaient craindre au contraire le retour de l'eau des grandes marées.
Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière,
Ou l'épervier plus dangereux encor.
C'est ainsi que parlait une carpe de Seine
A de jeunes poissons qui l'écoutaient à peine.
C'était au mois d'avril : les neiges, les glaçons,
Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes.
Le fleuve, enflé par eux, s'élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
Ah ! ah ! criaient les carpillons,
Qu'en dis-tu, carpe radoteuse ?
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ;
Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,
Les arbres sont cachés sous l'onde,
Nous sommes les maîtres du monde,
C'est le déluge universel.
Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
Pour que l'eau se retire il ne faut qu'un instant :
Ne vous éloignez point, et, de peur d'accident,
Suivez, suivez toujours le fond de la rivière.
Bah ! disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine.
Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent tous du lit de la Seine,
Et s'en vont dans les eaux qui couvrent le pays.
Qu'arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
Et les carpillons demeurèrent ;
Bientôt ils furent pris,
Et frits.
Pourquoi quittaient-ils la rivière ?
Pourquoi ? je le sais trop, hélas !
C'est qu'on se croit toujours plus sage que sa mère
C'est qu'on veut sortir de sa sphère,
C'est, que... c'est que... je ne finirai pas.
Jean-Pierre Claris de FLORIAN (1755-1794)
auteur né une année en 0 :
la pyramide du Louvre photo Jalm cliquez sur l'image
Je me ris des honneurs que tout le monde envie,
Je méprise des grands le plus charmant accueil,
J'évite les palais comme on fait un écueil
Où pour peu de sauvés mille ont perdu la vie.
Je fuis la cour des rois autant qu'elle est suivie,
Le Louvre me paraît un funeste cercueil,
La pompe qui le suit, une pompe de deuil
Où chacun va pleurant sa liberté ravie.
Loin de ce grand écueil, loin de ce grand tombeau,
En moi-même, je trouve un empire plus beau ;
Rois, cour, honneurs, palais, tout est en ma puissance.
Pouvant ce que je veux, voulant ce que je puis,
Je tiens tout sous la loi de mon indépendance.
Enfin les rois sont rois : je suis ce que je suis.
Bonaventure de FOURCROY (1610-1691)