la fée Morgane par Anthony Frederick, cliquez sur l'image
En ce temps de la Samain,
Je suis vraiment enchanté :
Elle a marqué de sa main
Ces quelques vers mal rimés.
Dông Phong
L'antanaclase (substantif féminin qui signifie réfraction), du grec anti (contre) et anaklasis (répercussion) est, en poésie, une figure de style qui consiste à la répétition d'un mot ou d'une expression en lui donnant, toujours au sens propre, une autre signification, comme dans la célèbre phrase des "Pensées" de Blaise Pascal :
"le coeur a ses raisons1 que la raison2 ne connaît pas."
1- motivations
2- sagesse
Morgane est un personnage du cycle arthurien, tantôt fée tantôt magicienne capable de guérir où de faire périr, de se métamorphoser où de changer les personnes en animaux. En cette veille de la Toussaint qui est également celle du premier de l'an celte appelé Samain, période magique par excellence où les morts peuvent rencontrer les vivants, je vous propose de vous amuser en composant un petit poème associant l'antanaclase aux sortilèges de Morgane la magicienne.
règle : composez sur le thème du sortilège un quatrain (strophe de 4 vers) d'heptasyllabes (vers de 7 pieds) sur deux rimes disposées comme vous le voulez. Sans jamais la nommée suggérez la présence de Morgane par l'emploi du pronom personnel "elle". Glissez-y une antanaclase en utilisant un mot pouvant recouvrir au sens propre au moins deux significations et vous obtiendrez un petit poème magique que j'appellerais bien un "antmorganaclase" comme celui-ci :
la mort du roi Arthur par James Archer (1823-1904), cliquez sur l'image
sur le grain1 du velin elle
écrase un grain2 de morelle
marquant ainsi son grimoire
d'un grain3 de sa magie noire
de Jean-Luc Aotret
1- aspérités
2- fruit
3- petite quantité
Agitez vos plumes telles des baguettes magiques pour en faire sortir des sortilèges poétiques dignes de Morgane la fée. Vous êtes bien entendu instamment conviés à glisser vos créations et vos appréciations dans les commentaires.
jardins de Tivolli photo YLT, cliquez sur l'image
J’ai demandé la mort aux étés somnolents
Où les lilas au long des jardins s’alanguissent
Et les zéphyrs, soupirs de sistres indolents,
Sur les fleurs de rubis et d’émeraude glissent.
Mais oh ! les revoici, les mêmes avenirs !
Les étés ont relui sur la terre ravie,
Et les vieilles amours et les vieux souvenirs
De nouveau, pleins d’horreur, sont venus à la vie.
Stuart Merrill
Les Gammes (vers)
Chez Vanier, 1887
pour en savoir plus sur Omar cliquez sur l'image
O amis! convenez d'un rendez-vous après ma mort.
Une fois réunis, réjouissez-vous d'être ensemble ;
lorsque l'échanson prendra dans sa main une coupe de vin vieux,
souvenez-vous du pauvre Khayyam : buvez ensemble à sa mémoire.
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
auteur né une année en 3 :
papillon à Vézelay, photo Jalm, cliquez sur l'image
Quelques feuilles, guirlande verte,
Environnent de leur émail
Cette jeune rose entrouverte,
Petite coupe de corail.
Ses pétales aux teintes blondes,
Dont la nacre rose pâlit,
Se frisent et semblent les ondes
Du frais parfum qui la remplit.
Vois-tu, soulevant de son aile
Un nuage de tourbillons,
Voler et tourner autour d'elle
L'essaim naïf des papillons.
Ainsi, pour savourer l'ivresse
Du baume de la volupté,
Mes désirs voltigent sans cesse
- Sans cesse, autour de ta Beauté.
Louis-Xavier de RICARD (1843-1911)
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image
Des parfums féminins se mêlaient dans la chambre
À l’arôme troublant des cigares fumés :
Vagues parfums d’iris, d’ylang-ylang et d’ambre,
Et de grains de sérail autrefois consumés.
Mon oreille tintait aux souvenirs d’orgie,
Et le marteau d’acier de la céphalalgie
Poussait dans mon cerveau des rêves innommés.
Émile Goudeau
extrait de La Ronde du remords
recueil : Fleurs du bitume, petits poèmes parisiens
Paul Ollendorff, éditeur, 1895