26 novembre 2006
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Comme vous l'aurez compris, en cette fin d'année 2006, le nouveau thème du blog d'An Amzer poésies est de découvrir des poètes dont l'année de naissance se termine par 6, tel que celui-ci :
Epitaphe
Au pied de cet autel de structure grossière
Gît sans pompe, enfermé dans une vile bière,
Le plus savant mortel qui jamais ait écrit ;
Arnauld, qui, sur la grâce instruit par Jésus-Christ,
Combattant pour l'Eglise, a, dans l'Eglise même,
Souffert plus d'un outrage et plus d'un anathème.
Plein de feu qu'en son coeur souffla l'esprit divin,
Il terrassa Pélage, il foudroya Calvin,
De tous les faux docteurs confondit la morale.
Mais, pour fruit de son zèle, on l'a vu rebuté,
En cent lieux opprimé par leur noire cabale,
Errant, pauvre, banni, proscrit, persécuté ;
Et même par sa mort leur fureur mal éteinte
N'aurait jamais laissé ses cendres en repos,
Si Dieu lui-même ici de son ouaille sainte
A ces loups devorants n'avait caché les os.
Nicolas BOILEAU (1636-1711)
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né une année en 6
25 novembre 2006
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Sur le thème du prénom du jour, déjà largement exploité depuis six
mois, voici un texte de Catherine d' AMBOISE (?-1550) extrait du
Chant royal de la plus belle qui jamais fut au monde :
Muses, venez en jubilations
Et transmigrez vos ruisseaulx cristalins,
Viens, Aurora, par lucidations,
En precursant les beaux jours matutins ;
Viens, Orpheus, sonner harpe et clarins,
Viens, Amphion, de la belle contree,
Viens, Musique, plaisamment acoustrée,
Viens, Royne Hester, parée de joyaulx,
Venez, Judith, Rachel et Florimonde,
Accompagnez par honneurs spéciaulx
La plus belle qui jamais fut au monde
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24 novembre 2006
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Les poèmes qui associent rose et chose : encore Paul-Jean Toulet.
Ce n’est pas drôle de mourir
Et d’aimer tant de choses :
La nuit bleue et les matins roses,
Les fruits lents à mûrir.
Ni que tourne en fumée
Mainte chose jadis aimée,
Tant de sources tarir...
Ô France, et vous Île de France,
Fleurs de pourpre, fruits d’or,
L’été lorsque tout dort,
Pas légers dans le corridor.
Le Gave où l’on allait nager
Enfants sous l’arche fraîche
Et le verger rose de pêches...
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23 novembre 2006
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Toujours un anniversaire, cette fois pour Marie, cette année elle aurait eu 580 ans :
En la forest de Longue Attente
En la forest de Longue Attente
Entrée suis en une sente
Dont oster je ne puis mon cueur,
Pour quoy je vis en grant langueur,
Par Fortune qui me tourmente.
Souvent Espoir chacun contente,
Excepté moy, povre dolente,
Qui nuit et jour suis en douleur
En la forest de Longue Attente.
Ay je dont tort, se je garmente*
Plus que nulle qui soit vivante ?
Par Dieu, nannil, veu mon malheur,
Car ainsi m'aid mon Createur
Qu'il n'est peine que je ne sente
En la forest de Longue Attente.
(*) je me lamente
Marie de Clèves (1426-1487)
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né une année en 6
22 novembre 2006
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Voilà encore un à qui l'on pourrait souhaiter l'anniversaire (160 ans) :
Les gants à la Phyllis...
Les gants à la Phyllis protègent ses mains blanches ;
Elle marche, les bras écartés par des manches
Gonflant avec ampleur leur ballon tailladé.
D'un pas grave et contrit, elle entre dans l'église ;
Hélas ! l'esprit malin hier soir l'a surprise,
Elle a dansé le branle et le motivandé. [...]
Wilfrid CHALLEMEL (1846-1909)
(Recueil : Le promenoir)
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né une année en 6
21 novembre 2006
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Gastéropode signe
De la voie dite humide
Sur ta feuille de vigne
Tu es ce curieux guide
Qui restant immobile
Tour à tour nous transporte
A travers cette ville
Par les huis et les portes
Des nefs et des hôtels
Vers la Grande Maison
Où sur la cheminée
Portant son gonfalon
Toute de fer armée
Se montre La Pucelle
de Jean-Luc Aotret 11/11/06
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20 novembre 2006
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A pas lents et tardifs tout seul je me promène
Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;
Et pour n'être aperçu, je choisis de mes yeux
Les endroits non frayés d'aucune trace humaine.
Je n'ai que ce rempart pour défendre ma peine,
Et cacher mon désir aux esprits curieux
Qui, voyant par dehors mes soupirs furieux,
Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.
Il n'y a désormais ni rivière ni bois,
Plaine, mont ou rocher, qui n'ait su par ma voix,
La trempe de ma vie à toute autre célée.
Mais j'ai beau me cacher je ne puis me sauver
En désert si sauvage ou si basse vallée
Qu'amour ne me découvre et me vienne trouver.
Philippe Desportes (1546-1606)
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né une année en 6
19 novembre 2006
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Yves Tanguy illustra un de ses recueils "Dormir, dormir dans les pierres",
voici "s'essouffler"de Benjamin Péret :
Ah fromage voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame au lait
Elle est du bon lait du pays qui l’a fait
Le pays qui l’a fait était de son village
Ah village voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame fromage
Elle est du pays du bon lait qui l’a fait
Celui qui l’a fait était de sa madame
Ah fromage voilà du bon pays
Voilà du bon pays au lait
Il est du bon lait qui l’a fait du fromage
Le lait qui l’a fait était de sa madame
Le Grand Jeu 1926
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18 novembre 2006
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Sur une proposition de dame Lynet :
le calendrier les minutes et les heures
s'écoulent doucement
la rivière et l'automne
la rivière et l'absence
les arbres effeuillés
et quand la nuit s'empare de mes pensées secrètes
de mes amours d'enfant
mes statues en hiver
au bord de la colline
la neige et la beauté
tu ne pourras mesurer ton désir
que par le temps qui passe
entre les fois où tu bois à cette source-là
tu ne pourras mesurer ton désir
Gabriel Yacoub
extrait de la chanson Désir de l'Album Babel
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17 novembre 2006
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Les mains d'Elsa Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.
Louis Aragon
Extrait du "Fou d'Elsa",
Édition Gallimard
(collection Blanche)
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