de Jean-Luc Aotret
de Jean-Luc Aotret Lorsque dans la nuit sombre se profilent en silence
Les mois gris de froidure et les bises sifflantes
Quand ton corps s'ensommeille dans une longue attente
Une petite flamme vacille en une légère danse.
Décembre peu à peu, s'enfonce dans ton coeur
Touchant chaque cellule d'une divine magie
Et tandis que tes mains regrettent la chaleur
Le feu de l'âme s'active en un foyer rougi.
Les semaines de l'Avent s'égrènent lentement
Laissant l'oeuvre sacrée s'accomplir en son temps
Métamorphose du monde, de l'être, et de la Vie
Ta Lumière intérieure devient phare dans la nuit.
Au solstice d'hiver, après bien des patiences
L'Etoile sainte des Mages s'ouvre à toi et indique
Dans un élan d'amour la mystique naissance
D'un Soleil éclatant aux brillances uniques.
Chantal Duros née en 1956
Un des quarante quatre quatrains à venir concernant chose et rose :
Si le prince a sa rose
Et son petit volcan
Moi je n’ai pas grand chose
Et m’en vais en sifflant
de Jean-Luc Aotret
Année d'auteur en 6 :
Sur les pierres précieuses
Quoi, sort-il tant de feux, de rayons, de lumières,
D'un si froid, si grossier, et si noir élément ?
Et tant d'astres naissants dans ces sombres carrières
Font-ils donc de la terre un second firmament ?
Minéraux éclatants, terrestres luminaires,
Dont la tête des rois brille superbement,
Je ne vous puis compter que pour des biens vulgaires,
Et pour moi votre éclat n'est qu'un faible ornement.
Invisible Soleil, qui donnas l'être au monde,
Viens former dans mon coeur, par ta vertu féconde,
Pour célestes joyaux, l'espérance et la foi.
Mais que, cessant un jour d'espérer et de croire,
J'obtienne dans ton ciel, et possède avec toi
La couronne sans prix des rayons de ta gloire.
Laurent DRELINCOURT (1626-1680)
(Recueil : Sonnets chrétiens)
Année d'auteur en 6 :
Quand il lui plaît, Fortune fait avoir
Rondeau
Quand il lui plaît, Fortune fait avoir
Gloire et honneur, richesses et avoir,
Et quelques-uns met au haut de sa roue,
Lesquels soudain fait descendre en la boue,
Tant qu'ils en sont pitoyables à voir.
De patience il se convient pourvoir,
Quand résister on veut à son pouvoir ;
Car elle rit, puis soudain fait la mine,
Quand il lui plaît.
Elle ne peut les humains décevoir
Qui ont le sens rassis et bon savoir ;
Car aucun d'eux de ses biens ne se loue,
Bien avertis que la dame s'en joue,
En les baillant, pour après les ravoir,
Quand il lui plaît.
Jean BOUCHET (1476-1557)

Caché dans la tour au beurre de la cathédrale de Bourges, l'homme
vert (cf. postface de la BD "la maison où rêvent les arbres" de Comès)
vous épie :
Blanc comme le calcaire
L’homme vert en sa tour
Se livre sans détours
Aux prisonniers des pierres
Minéral phylactère
Au végétal recours
Blanc comme le calcaire
L’homme vert en sa tour
Le fol a fort à faire
Vomissant son discours
Il invite au retour
Vers les grandes clairières
Blanc comme le calcaire
L’homme vert en sa tour
de Jean-Luc Aotret
Dans la rubrique commémorative des années en 6 :
L'anniversaire
Oh ! qui me donnera d'aller dans vos prairies,
Promener chaque jour mes tristes rêveries,
Rivages fortunés où parmi les roseaux
L'Yonne tortueuse égare au loin ses eaux !
Oui, je veux vous revoir, poétiques ombrages,
Bords heureux, à jamais ignorés des orages,
Peupliers si connus, et vous, restes touchants,
Qui m'avez inspiré jadis mes premiers chants
Félix ARVERS (1806-1850)
(Recueil : Mes heures perdues)
Une grande plume dont on ne souvient plus guère aujourd'hui, bien qu'elle soit née il y a 400 ans tout rond :
Epitaphe sur la mort de damoiselle Elisabeth Ranquet
Ne verse point de pleurs sur cette sépulture,
Passant ; ce lit funèbre est un lit précieux,
Où gît d'un corps tout pur la cendre toute pure ;
Mais le zèle du coeur vit encore en ces lieux.
Avant que de payer le droit de la nature,
Son âme, s'élevant au-delà de ses yeux,
Avait au Créateur uni la créature ;
Et marchant sur la terre elle était dans les cieux.
Les pauvres bien mieux qu'elle ont senti sa richesse
L'humilité, la peine, étaient son allégresse ;
Et son dernier soupir fut un soupir d'amour.
Passant, qu'à son exemple un beau feu te transporte ;
Et, loin de la pleurer d'avoir perdu le jour,
Crois qu'on ne meurt jamais quand on meurt de la sorte.
Pierre CORNEILLE (1606-1684)