chat noir de Saint-Remy-la-Varenne, photo Jalm, cliquez sur les liens
Tout le monde connaît le personnage du chat botté qui a fait la richesse de son infortuné maître sous la plume de Charles Perrault dans les contes de ma mère l'oye édités en 1695. Mais sait-on que ce curieux chat doué de parole descend de celui dont on parle déjà dans un conte en sanskrit du Vème siècle ? Car il est aussi le chat d'argent des légendes bretonne, ce fameux chat noir des carrefours et des sorcières qui, à n'en pas douter, est lui-même un sorcier. Un des plus curieux avatars de ce chat magique est le Chapalu de la littérature arthurienne (le Cath Paluc gallois) évoqué par les poètes. D'abord au XIIème siècle, avec Graindor de Brie qui dans sa chanson "La Bataille Loquifer" nous donne les origines de ce monstre résultant du viol d'une fée par un lutin :
Chapalus fut, cant vint a natïon
Anjandrés fut an l'île d'Orïon
Par tel vertu que onques n'oît on ;
Car une faee qui Bruneholt ot non
Baignoit son cors an la fontaine Orcon ;
Devent lui vint Grigalet. I luiton ;
Iloques prist la fee en traïsson
Si anjandra Chapalu lou felon.
Puis avec André de Coutances qui dans "Li romanz des Franceis" fait mention de sa victoire contre le roi Arthur dans la palud :
Ils ont dit que riens n’a valu,
Et donc à Arflet n’a chalu
Que boté fu par Capalu
Li reis Artur en la palu ;
Et enfin en 1898 avec Guillaume Apollinaire qui dans "l'enchanteur pourrissant" nous en donne la description :
Arriva un monstre qui avait la tête d’un chat, les pieds d’un dragon, le corps d’un cheval et la queue d’un lion.
Le même Apollinaire en 1915 utilisera la forme poétique de l'acrostiche pour écrire "Adieu", un des poèmes à Lou, où la suite des lettres initiales des vers de chaque strophe, lue verticalement, donne le nom de son aimée comme dans ce quatrième tercet :
La nuit mon cœur la nuit est très douce et très blonde
O Lou le ciel est pur aujourd'hui comme une onde
Un cœur le mien te suit jusques au bout du monde
En ce temps de préparation d'Halloween (la veille de la Toussaint) où les magiciens, les sorcières et leurs chats noirs deviennent les maîtres du jeu, je vous propose donc de nous amuser nous aussi à devenir des poètes enchanteurs capables de créer des chimères poétiques à l'image du chapalu en écrivant des petits poèmes inspirés des prosodies susvisées.
règle : composez, sur le thème d'Halloween, un huitain (strophe de huit vers) hétérogène alternant décasyllabes (vers de dix pieds) et octosyllabes (vers de huit pieds) sur 4 rimes plates aabbccdd symbolisant les quatre origines animales de la chimère. Faites en sorte que la série des lettres initiales de chaque vers lue verticalement compose le mot CHAPALUC et vous obtiendrez un petit poème que j'appellerais bien un "chapaluc" comme celui-ci :
Chat noir errant la nuit dans les tourbières,
Hantées par d'étranges sorcières,
Âme maudite, perdue, prise au piège,
Prisonnière du sortilège.
Apparaissant soudain dans le brouillard,
Lynx entre les saules têtards,
Une bête guette le voyageur,
Chimère alimentant ses peurs.
de Jean-Luc Aotret
Saisissez vos plumes telles des baguettes magiques pour transformer poétiquement les chats de votre entourage en chapalucs capables de donner la trouille même à Jack O'Lantern.