8 juillet 2014
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misères humaines Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
La cigale.
quand nous fûmes hors des chemins
où la poussière est rose,
Aline, qui riait sans cause
en me touchant les mains ; —
l’écho du bois riait. La terre
sonna creux au talon.
Aline se tut : le vallon
était plein de mystère…
mais toi, sans lymphe ni sommeil,
cigale en haut posée,
tu jetais, ivre de rosée,
ton cri triste et vermeil.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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1 juillet 2014
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la chambre à coucher à Arles par Van Gogh en 1888, cliquez sur l'image
Tel variait au jour changeant
— avec l’or de tes boucles,
le sang d’un collier d’escarboucles
dans ma tasse d’argent
qui, tout de roses couronnée,
— sur la ligne où se joint
l’ombre au soleil-jetait au loin
une pourpre alternée ;
Lilith, et, telle, un jour d’été,
j’ai vu noircir ta joue,
quand le désir trouble, et déjoue,
ta pliante fierté.
(Talmud babylon.)
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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5 juin 2014
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les laveuses à Arles Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Le sonneur se suspend, s’élance,
perd pied contre le mur
et monte : on dirait un fruit mûr
que la branche balance.
Une fille passe. Elle rit
de tout son frais visage :
l’hiver de ce noir paysage
a-t-il soudain fleuri ?
Je vois briller encor sa face,
quand elle prend le coin.
L’angélus et sa jupe, au loin,
l’un et l’autre, s’efface.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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28 mai 2014
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terrasse de café à Arles par Van Gogh en 1888, cliquez sur l'image
Cet huissier, qui jetait, l'été,
toute autre odeur que l'ambre,
avait le nom d'un pot de chambre
et la fétidité.
L'autre, et noir, que sous les lanternes,
on vit à ses leçons
avarier les beaux garçons,
est charognard aux ternes.
Celui-là, qui fut président
de ses jolis compères,
a l'air de suer ses affaires
par son fanon pendant.
Mais l'autre (o père de famille,
poète méconnu)
ne me laissa qu'un lit tout nu :
telle y couchait sa fille.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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14 avril 2014
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les Alyscamps par Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Comme les dieux gavant leur panse,
les prétendants aussi.
Télémaque en est tout ranci :
il pense à la dépense.
Neptune soupe à Djibouti
(près de la mer salée).
Pénélope s’est en allée.
Tout le monde est parti.
Un poète, que nuls n’écoutent,
chante Hélène et les œufs.
Le chien du logis se fait vieux :
ces gens-là le dégoûtent.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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5 avril 2014
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Mme Roulin par Van Gogh en 1888, cliquez sur l'image
O poète, à quoi bon chercher
des mots pour son délire ?
Il n’y a qu’au bois de ta lyre
que tu l’as su toucher.
Plus haut que toi, dans sa morphine,
chante un noir séraphin.
Ma nourrice disait qu’Enfin
est le mari d’Enfine.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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30 mars 2014
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Mme Roulin par Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Éléphant de Paris.
ah, curnonsky, non plus que l’aube,
n’était bien rigolo.
Il regardait le fil de l’eau.
C’était avant les taube.
Et moi j’apercevais-pourtant
qu’on fût loin de Cythère —
un objet singulier. Mystère :
c’était un éléphant.
Notre maison étant tout proche,
on le prit avec nous.
Il mettait, pour chercher des sous
sa trompe dans ma poche.
Hélas, rue-de-Villersexel,
la porte était trop basse.
On a beau dire que tout passe.
Non-ni le riche au ciel.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
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23 mars 2014
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les alyscamps par Van Gogh, cliquez sur l"image
Carthame chatoyant, cinabre,
colcothar, orpiment,
vous dont j’ai goûté l’ornement
sur la rive cantabre ;
orpiment, dont l’éclat soyeux
le soleil lui reflète ;
colcothar, tendre violette
éclose dans ses yeux ;
fleur de cinabre, étroite et rare,
secret d’un beau jardin ;
carthame et toi, rose soudain,
dont sa pudeur se pare…
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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6 février 2014
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paysage d'Arles par Paul Gauguin en 1888, cliquez sur l'image
Boulogne.
Boulogne, où nous nous querellâmes
aux pleurs d’un soir trop chaud
dans la boue ; et toi, le pied haut,
foulant aussi nos âmes.
La nuit fut ; ni, rentrés chez moi,
tes fureurs plus de mise.
Ah ! De te voir nue en chemise,
quel devint mon émoi !
On était seuls (du moins j’espère) ;
mais tu parlais tout bas.
Ainsi l’amour naît des combats :
le dieu Mars est son père.
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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30 janvier 2014
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les alyscamps par Van Gogh, cliquez sur l"image
La première fois.
« maman ! … je voudrais qu’on en meure. »
fit-elle à pleine voix.
« c’est que c’est la première fois,
madame, et la meilleure.
Is elle, d’un coude ingénu
remontant sa bretelle,
« non, ce fut en rêve », dit-elle.
« ah ! Que vous étiez nu… »
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
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