L'association CABA du marché bio de Kerinou à Brest nous fait à nouveau l'honneur de nous solliciter pour illustrer poétiquement sa prochaine fête d'automne consacrée aux céréales et qui, baptisée "Du grain à moudre", aura lieu le 8 octobre prochain.
Le sizain isométrique d'hexamètres est une vieille formule qui a inauguré il y a plus de quatre ans la rubrique "jeux" de temps-pestif (une lune en carré). Je vous propose donc pour répondre à la proposition de CABA de réutiliser cet outil poétique en s'inspirant de la prosodie du sizain suivant de Joachim Du Bellay (1522-1560) extrait du texte "D'un vanneur de blé aux vents" :
De votre douce haleine
Éventez cette plaine,
Éventez ce séjour,
Cependant que j'ahanne
A mon blé que je vanne
A la chaleur du jour.
règle : composez un sizain d'hexamètres ( strophe de six vers de six pieds) sur trois rimes disposées de la manière suivantes : aabccb. Glissez-y où vous voulez l'expression "épi de blé" et vous obtiendrez ce que j'appellerais bien un "épideblégramme" comme celui-ci :
moulin à vent dans le vignoble angevin photo Jalm, cliquez sur l'image
l'épi de blé gerbé
est le trésor fauché
à la chaude saison
brûlant dans le couchant
le vieux moulin à vent
épie l'or des moissons
de Jean-Luc Aotret
Saisissez votre plume telle une faux destinée à faucher les vers de votre inspiration et mettez en gerbe le blé de votre poésie.
Vous êtes bien entendu instamment conviés à glisser vos créations et vos appréciations dans les commentaires. Au terme du jeu, vos contributions viendront décorer les étals du marché bio de Kerinou, merci d'avance à tou(te)s.
auteur né une année en 1 :
pile de portail du manoir de la Blairie près de Rochefort sur Loire photo Jalm, cliquez sur l'image
Je suis le triste oiseau de la nuit solitaire,
Qui fuit sa même espèce et la clarté du jour,
De nouveau transformé par la rigueur d'Amour,
Pour annoncer l'augure au malheureux vulgaire.
J'apprends à ces rochers mon tourment ordinaire,
Ces rochers plus secrets où je fais mon séjour.
Quand j'achève ma plainte, Écho parle à son tour,
Tant que le jour survient qui soudain me fait taire.
Depuis que j'eus perdu mon soleil radieux,
Un voile obscur et noir me vint bander les yeux,
Me dérobant l'espoir qui maintenait ma vie.
J'étais jadis un aigle auprès de sa clarté,
Telle forme à l'instant du sort me fut ravie,
Je vivais de lumière, ore d'obscurité.
Siméon-Guillaume de LA ROQUE (1551-1611)
bataille de Pavie 1525 de Bernard van Orley 1531
où mourut Monsieur de la Palice en perdant la vie cliquez sur l'image
Il choisissait prudemment
De deux choses la meilleure ;
Et répétait fréquemment
Ce qu’il disait à tout heure.
Bernard de La Monnoye (1641-1728)
le grève blanche à Plouguerneau photo Jalm, cliquez sur l'image
Une des quatorze « Improvisations » de Nguyễn Trãi (1380-1442), grand homme d’État et célèbre lettré du Viêtnam.
Mạn thuật IV
Nguyễn Trãi
Đủng đỉnh chiều hôm dắt tay,
Trông thế giới phút chim bay.
Non cao non thấp mây thuộc,
Cây cứng cây mềm gió hay.
Nước mấy trăm thu còn vậy,
Nguyệt bao nhiêu kiếp nhẫn này.
Ngoài chưng mọi chốn đều thông hết,
Bui một lòng người cực hiểm thay !
Traduction par Dông Phong :
Improvisation IV
Le soir me prend la main pour flâner,
Et je regarde le monde au moment où les oiseaux vont s’envoler.
Montagnes hautes ou basses, les nuages les connaissent par cœur,
Arbres rigides ou souples, le vent en mesure la vigueur.
L’eau, depuis des centaines d’automnes, reste pareille,
La lune, tant de générations vainement la surveillent.
De toutes les choses que j’arrive à pénétrer,
Seul le fond des humains je ne peux point sonder.
auteur né une année en 1 :
cygne vénitien jardin baroque de Valsanzibio photo Jalm, cliquez sur l'image
Les vers Toscans du Cygne Florentin
Ont illustré sa Laure magnifique,
Et sous le nom du verd arbre Delfique
Semant sa gloire au Royaume Latin.
Depuis en Gaule un Sonneur Angevin
Dit sous couleur de l'Olivier Attique,
Sa chere Olive : et sa voix Poëtique
La celebra d'un chant noble, et divin.
Ore apres eus et d'age, et de merite,
Je chante icy ma chaste Marguerite :
Bruyant son los, et ma vive douleur.
Que si leur stile honore un nom estrange :
Qui doutera de la digne loüange
De mon subject, pris d'un rare fleur ?
Jean de LA GESSEE (1551-1596)
pour en savoir plus sur Omar cliquez sur l'image
Dis, ami, qu'ai-je pu acquérir des richesses de ce monde? Rien.
Que m'a laissé dans la main le temps qui s'est écoulé ? Rien.
Je suis le flambeau de la joie ; mais ce flambeau éteint, je ne suis plus rien.
Je suis la coupe de Djèm, mais cette coupe brisée, je ne suis plus rien.
Omar Khayyam (1046-1131) les roubaïates
Voici l'ultime soulpon pour conclure cette navigation poétique estivale qui aura permis de pêcher une créativité exceptionnelle. Merci à tous pour vos contributions, cela valait vraiment le coup de tremper vos plumes...
pont des arts et pont Neuf photo Marie Hocedez, cliquez sur l'image
Mais quelles mouches viennent nous piquer,
sous le pont passent
et jamais ne se lassent
de ces jeux d'ombres sur son tablier ?
Janus
Aqueduc de Roquefavour photo Claudie, cliquez sur l'image
Sous le pont de nos bras, elle passera,
Eau vive et forte
Que le courant emporte,
La poésie en source sous tes pas.
Marilyse