Didon et Enée illustration de l'Enéide de Virgile, cliquez sur l'image
Quand le vieux bonheur, avec les maladies,
S’est au loin envolé sur leurs funestes ailes,
Reste ce brise-cœur que sont quelques poèmes,
Qui veut nous consoler dans nos nuits refroidies.
Dông Phong
Didon et Enée par Karel Skréta, cliquez sur l'image
Au printemps renaissant, on voit dans les ravines,
Le givre de l'hiver, dès le soleil levant,
Egaré, regrettant, une cape d'hermine,
Sa blancheur éphémère, " crève-coeur" dissonnant !...
Annie
Ce mois-ci, c'est notre ami Dông Phong qui nous propose de nous amuser poétiquement avec la rime brisée. Cet artifice poétique est un procédé qui fait que les vers riment non seulement par la fin mais également à la césure de l'hémistiche ; les différentes parties ainsi obtenues pouvant présenter un sens différent de celui de l'ensemble comme dans cet extrait de Zadig (chap. 4) de Voltaire où les vers tronqués du héros manquent de le conduire à sa perte.
Par les plus grands forfaits j’ai vu troubler la terre.
sur le trône affermi, le roi sait tout dompter.
Dans la publique paix l’amour seul fait la guerre :
C’est le seul ennemi qui soit à redouter.”
Règle : composer un quatrain (strophe de 4 vers) d’alexandrins (vers de 12 pieds), avec deux rimes ab qu’on peut placer où l’on veut. Les premiers hémistiches des quatre vers forment un quatrain d’hexamètres, et les autres un autre quatrain de même métrique. Placer où l’on veut l’expression « brise-cœur » et l'on obtient un petit poème que Dông-Phong a baptisé « Brise-cœur » tel que celui-ci :
Enée fuyant Troie de Frederico Barocci, cliquez sur l'image
Par ces temps de malheur, de crise et de chômage,
Dans ce monde gisant, partout déboussolé,
C’est un gros brise-cœur, on perd tout son courage,
De voir ces trous béants que nul ne peut combler.
Dông Phong
Empoignez vos plumes telles des masses et brisez-moi vos rimes pour peut-être de votre poème en faire au moins deux. Vous êtes bien entendu instamment conviés à glisser vos créations et vos appréciations dans les commentaires.
auteur né une année en 3 :
Chat blanc en Asturies photo Jalm, cliquez sur l'image
Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait ;
Les yeux fixés sur le soufflet,
Le chien bâille en songeant, morose.
Et tandis qu'il songe et repose
Près de la flamme au chaud reflet,
Les chats trempent leur langue rose
Au bord des soucoupes de lait.
Dans le salon, seul le feu glose ;
Mère-grand dit son chapelet,
Suzanne dort sur un ourlet,
Et dans le lait, paupière close,
Les chats trempent leur langue rose.
Charles GUÉRIN (1873-1907)
Recueil : Joies grises
oliviers par Van Gogh en 1889, cliquez sur l"image
Dans le lit vaste et dévasté
j’ouvre les yeux près d’elle ;
je l’effleure : un songe infidèle
l’embrasse à mon côté.
Une lueur tranchante et mince
échancre mon plafond.
Très loin, sur le pavé profond,
j’entends un seau qui grince…
Paul-Jean Toulet
Les Contrerimes : poèmes
Édition Émile-Paul frères, 1929
expo dans la forteresse de Polignac photo Gérard Cavaillès cliché Jalm, cliquez sur l'image
Pèlerin sans Eglise 2001