auteur né une année en 4 :
gisant d'Agnès Sorel à Loches photo Jalm, cliquez sur l'image
Chanson
Vu que tu es plus blanche que le lis,
Qui t'a rougi ta lèvre vermeillette
D'un si beau teint ? Qui est-ce qui t'a mis
Sur ton beau sein cette couleur rougette ?
Qui t'a noirci les arcs de tes sourcils ?
Qui t'a bruni tes beaux yeux, ma maîtresse ?
Ô grand beauté remplie de soucis,
Ô grand beauté pleine de grand liesse !
Ô douce, belle, honnête cruauté,
Qui doucement me contraint de te suivre,
Ô fière, ingrate, et fâcheuse beauté,
Avecque toi je veux mourir et vivre.
Pierre de RONSARD (1524-1585)
Recueil : Second livre des Amours
auteur né une année en 4 :
Statue d'un des Dioscures au Capitole de Rome, photo Jalm, cliquez sur l'image
Quelle estrange chaleur nous vient icy brusler ?
Sommes-nous transportez sous la zone torride,
Ou quelque autre imprudent a-t-il lasché la bride
Aux lumineux chevaux qu'on voit estinceler ?
La terre, en ce climat, contrainte à pantheler,
Sous l'ardeur des rayons s'entre-fend et se ride ;
Et tout le champ romain n'est plus qu'un sable aride
D'où nulle fresche humeur ne se peut exhaler.
Les furieux regards de l'aspre canicule
Forcent mesme le Tybre à perir comme Hercule,
Dessous l'ombrage sec des joncs et des roseaux.
Sa qualité de dieu ne l'en sçauroit deffendre,
Et le vase natal d'où s'écoulent ses eaux,
Sera l'urne funeste où l'on mettra sa cendre.
Marc-Antoine Girard de SAINT-AMANT (1594-1661)
auteur NE AU CIEL une année en 4 :
Vénus vitrix du jardin des Colettes par Renoir, cliquez sur l'image
Dans son jardin Vénus se reposait
Avec Amour, sa douce nourriture,
Lequel je vis, lorsqu'il se déduisait,
Et l'aperçus semblable à ma figure
Car il était de très basse stature,
Moi très petit ; lui pâle, moi transi.
Puisque pareils nous sommes donc ainsi
Pourquoi ne suis second dieu d'amitié ?
Las ! je n'ai pas l'arc et les traits aussi
Pour émouvoir ma maîtresse à pitié.
Maurice SCÈVE (1501-1564)
extrait des Dizains
auteur né une année en 4 :
Thomas Chatterton par Henry Wallis 1856, cliquez sur l'image
Quand vous aurez prouvé, messieurs du journalisme,
Que Chatterton eut tort de mourir ignoré,
Qu'au Théâtre-Français on l'a défiguré,
Quand vous aurez crié sept fois à l'athéisme,
Sept fois au contresens et sept fois au sophisme,
Vous n'aurez pas prouvé que je n'ai pas pleuré.
Et si mes pleurs ont tort devant le pédantisme,
Savez-vous, moucherons, ce que je vous dirai ?
Je vous dirai : " Sachez que les larmes humaines
Ressemblent en grandeur aux flots de l'Océan ;
On n'en fait rien de bon en les analysant ;
Quand vous en puiseriez deux tonnes toutes pleines,
En les faisant sécher, vous n'en aurez demain
Qu'un méchant grain de sel dans le creux de la main. "
George SAND (1804-1876)
auteur né une année en 4 :
magnolia double vallon du Stangalar photo Jalm, cliquez sur l'image
J'étais un arbre en fleur où chantait ma Jeunesse,
Jeunesse, oiseau charmant, mais trop vite envolé,
Et même, avant de fuir du bel arbre effeuillé,
Il avait tant chanté qu'il se plaignait sans cesse.
Mais sa plainte était douce, et telle en sa tristesse
Qu'à défaut de témoins et de groupe assemblé,
Le buisson attentif avec l'écho troublé
Et le coeur du vieux chêne en pleuraient de tendresse.
Tout se tait, tout est mort ! L'arbre, veuf de chansons,
Étend ses rameaux nus sous les mornes saisons ;
Quelque craquement sourd s'entend par intervalle ;
Debout il se dévore, il se ride, il attend,
Jusqu'à l'heure où viendra la Corneille fatale
Pour le suprême hiver chanter le dernier chant.
Charles SAINTE-BEUVE (1804-1869)
Recueil : Poésies diverses
auteur né une année en 4 :
blanche rose à Daoulas, photo Jalm, cliquez sur l'image
Plume, vous travaillez en vain
En voulant comparer la main
De ma dame à mortelle chose,
Soit lis, ivoire ou blanche rose,
Pour ce que, quand Amour prétend
De rendre l'oeil humain content,
Ne peut montrer objet plus digne,
Hugues SALEL (1504-1553)
extrait de "De la main de Marguerite"
auteur né une année en 4 :
rose près de Vézelay photo Jalm, cliquez sur l'image
La beauté que je sers, et qui m'est si cruelle,
Se peut bien appeler un miracle des cieux,
C'est la peine du coeur, c'est le plaisir des yeux,
Et le divin objet d'une flamme immortelle.
La mère des amours ne fut jamais si belle,
Ses regards sont partout des vainqueurs glorieux ;
Et sa bouche qui forme un parler gracieux,
A l'éclat et l'odeur d'une rose nouvelle.
Un excès de beauté me force à l'adorer;
Un excès de rigueur me défend d'espérer,
Sa beauté veut mon coeur, sa rigueur veut ma vie.
Ainsi le seul trépas a droit de me guérir,
Et je ne puis jamais, ayant connu Sylvie,
Ni la voir sans l'aimer, ni l'aimer sans mourir.
Jean-François SARASIN (1604-1654)
auteure née une année en 4 :
roses dans les rues de Tusson photo Jalm, cliquez sur l'image
Voici que ma maison est vivante et folâtre,
Et que Dieu l'aperçoit ;
L'oiseau du paradis, le bonheur, vient s'abattre
Et chanter sur mon toit.
Hier, dans mon jardin, une fleur est éclose
Sur le plus frais rosier ;
Hier un bel enfant, autre céleste rose,
Est né dans mon foyer.
Anaïs SEGALAS (1814-1893)
extrait de Bertile
auteur né une année en 4 :
la rivière d'argent forêt d'Huelgoat phoyo Jalm, cliquez sur l'image
Doux ruisseaux coulez sans violence,
Rossignols modérez votre voix ;
Taisez-vous, Zéphyrs, faites silence,
C'est Iris qui chante dans ces bois.
Je l'entends et mon coeur qu'elle attire
La connaît à ses divins accents,
Aux transports que sa douceur m'inspire,
Mais bien mieux aux peines que je sens.
Que ses yeux ont d'attraits et de charmes !
Que mon coeur a pour eux de tourment !
J'ai payé mille fois de mes larmes
Le plaisir de les voir un moment.
Jean Regnault de SEGRAIS (1624-1701)