Rêves, 1896 Vittorio Matteo Corcos (1859-1933) Rome, Galleria Nazionale d'Arte Moderna, cliquez sur l'image
Poème à ma mère qui n’a pas vu son 88ème printemps. Laure Adler a intitulé l’un de ses livres « Les femmes qui lisent sont dangereuses ». Ma mère était-elle dangereuse ?
Notre mère lisait
Bien avant l’école et jusqu’au dernier jour
Notre mère lisait
Sachant que dans les livres on découvre l’univers
Qu’au détour d’un poème
Le cœur des hommes saigne
Notre mère lisait
Sachant qu’un alphabet peut changer l’horizon
Que les mots alignés
Sont source de liberté
Notre mère lisait
Sachant qu’au creux des pages il n’existe de frontières
Que les femmes d’ici
Sont sœurs de Karachi
Notre mère lisait
Sachant qu’au fil des mots on apprend à marcher
Notre mère lisait
La douleur et l’amour
Les cris des femmes – toujours –
Le feu des viles guerres
Les pleurs des affamés
Le noir d’encre du monde
Et pour nous ses enfants
Notre mère nous a lu
Les aurores boréales
Les douceurs d’arc-en-ciel
Les bleus changeant du ciel
L’eau vive des rivières
Les fleurs d’orangeraie
Notre mère nous a lu
Les chemins de traverse
Et les étoiles au loin qui nous font espérer
Yvette Aroca-Lehre







