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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 00:09
Ancolie sur le chemin du Bindy photo Jalm

Par les prés séverins, j'ai rencontré Armand Robin ;
Il cherchait un sanglier, c'est moi qu'il a trouvée ;
De verbe en herbe, moi sans verbe, l'entretien fut très bien ;
Il tenait à me dire qu'il dirait de moi du bien;
Il a compris : vache je suis, vache je vis, vache aussi je mourrai ;
Il est parti, broutant du bord des dents mon idée.

Je vis d'ancolie et de mélancolie ;
Car tous, sauf lui, oui, tous, me calomnient.

Je suis grosse, grasse, graisseuse exprès ;
Je veux offrir matière bonne à quiconque vient auprès
Me tâter selon tous ses souhaits ;
Tous me tâtent, meueuh
(1) sans tact ! selon tous leurs doigtés  ;
Je les regarde, l'oeil discret, pour ne pas les gêner ;
Puis en bouse ils disent tous : " Elle a l'oeil mauvais et même de biais ".

Tous, sauf  lui, me calomnient ; meuh ! je ne vais pas à la gendarmerie
Porter beuglement ; on n'y trouve pas l'ancolie.

Vache, j'ai le poil, la corne, les cornes qui travaillent pour mon lait ;
Sous le poil, la corne, les cornes, j'ai mon âme de vache qui souffre pour mon lait ;
Vache, je guette ensuite si mon lait
A l'enfant qui s'en accroît est le lait qui lui plaît
Et, si mon lait n'est pas le lait qui lui plaît,
Je change d'aliment dans mon pré ; cela, personne ne le sait.

Plutôt que d'ancolie je me nourris de mélancolie ;
Pourtant souvent sur l'herbe j'ai mon bon rire de vacherie.

C'est que je suis fortement vache ; sur les flaccides
Millénaires de verdure on me vit toujours solide ;
Aux fermières, aux césars, j'enseigne l'art d'être placides ;
Buvant dans les torrents, je rends paisible le liquide.
Nul ne le dit ! Alors qu'au moins ces horribles graminées,
Ces trèfles, ces plantains, bruissent du bien que, vache, je fais !

Voilà pourquoi, mon muet verbe levé sur l'herbe,
Souvent j'ai l'air de la blâmer, non de la brouter, l'herbe.

Armand Robin Le cycle séverin 1957


(1) En langage vache, "mais" se dit "meuh !" ou "meueuh !" ou "meueueuh !" sur plusieurs tons. La vache a plus de "mais" que l'homme. Elle les a généralement protestataires, meuh ! elle en a aussi de très affectueux. (note d'Armand Robin).


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commentaires

M
Une histoire "vache" que je ne connaissais pas. En passant par Plouguernével, j'ai glané ceci :on supprimera l'âme au nom de la raisonPuis on supprimera la raison.On supprimera la charité au nom de la justice,Puis on supprimera la justice.On supprimera l'esprit au nom de la matière,Puis on supprimera la matière.Au nom de rien on supprimera l'homme,On supprimera le nom de l'hommeIl n'y aura plus de nom,Nous y sommes.
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C
Merci pour ce poème..Une vache dans un pré, ça sent bon et c'est reposant....Il y a quelque chose de rassurant dans  ce paisible mammifère...Bisous
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D
C'est juré, je ne dirai plus jamais : "Ah, la vache !", mais "Oh lait !".Merci, Janus !
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Ó
Quel génie fut Armand Robin... humour musical que ce beau poème beau-vain et beau-tannique  (facile mais je n'y ai point résisté..)Merci, bonne journée!
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