port de Bas-Pouldu photo Jalm, cliquez sur les liens
Le fleuve est recourbé comme ta hanche,
ô pin !
La ville aux pieds tranquilles
devant le fleuve grouille et mange.
L'eau biaise aux pieds tranquilles
des ponts, des arches de ponts, des îles.
Ainsi va le temps ! et devant le ciel !
Ainsi va le ciel au-dessus des temps.
Ainsi vas-tu, ainsi, fleuve cicatriciel.
Ainsi vont mes amours souffrants.
Mais les joies des bateaux, fourrure de la hanse
aux nues donnent audience.
Jadis un bois de pins réchauffait la colline.
Un jour, les pins laissant traînasser leurs crépines
sur les toits de la ville sont descendus et les racines
de leur feuillage ardent chevauchaient des gradins.
Les arbres dévêtus rangés le long des berges
sont devenus les mâts, les haubans et les vergues.
Amour ! la joie d'aimer c'est comme les bateaux
sur le cœur de l'eau cicatrisée par un râteau.
Si les mâts sont en croix, les mâts montrent là-haut
et j'aperçois du fond de mon cercueil
ton front lourd et le sourire fin de ton œil.
Max Jacob (1876-1944)
Poéme / Poémes d'Max Jacob








