Prose du transsibérien et de la petit Jeanne de France par Sonia Delaunay et Blaise Cendrars musée de Beaubourg photo Jalm, cliquez sur les liens
Freddy renaît tel un phénix de ses cendres,
manchot mais adroit d'une gauche qui se lave,
dans l'essuie-main du ciel1 où les oiseaux se gavent.
Le vin bourru est bu, les massues sont à prendre.
La braise est encor chaude aux ailes des abeilles,
quand la moisson de miel précède le cresson.
Sa droite disparait dans le giron d'Orion2,
après que dans la chambre soient gâchées les merveilles1.
Aux comptoirs des bistros1, il lève un coude fier.
Entre vin rouge1 et bleus s'insinue la lumière.
Des pâques newyorkaises3 naît l'homme nouveau,
et Jehanne4 entend la folie sonner le grelot.
La colombe se niche chez les boutiquiers1.
Les calicots1 affichent des vers sibériens
et les contrastes1 sont des lois simultanées
où les couleurs1 se lovent comme des sauriens.
C'est l'or de Cimabue1 qui enflamme le ciel
sur une Seine butinée de bateaux mouches1.
Dans les fumées d'usine les hommes se mouchent,
charlots des temps modernes trompés par le sel.
Le suisse brésilien s'en va voir les étoiles
sous une voie lactée le couvrant de son voile.
La brume du chariot5 fait pendant à la croix,
sous les arbres des Batignolles on y croit...
de Jean-Luc Aotret
1- Contrastes, dix-neuf poèmes élastiques Blaise Cendrars, Au sans pareil 1919
2- Orion, nuits étoilées, Le Formose Blaise Cendrars, Au sans pareil 1924
3- Les pâques à New-York, Du monde entier Blaise Cendrars, Gallimard 1919
4- La Prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France Blaise Cendrars et Sonia Delaunay, les hommes nouveaux 1913








