Au trébuché
Vacille son visage
Absence
Reste une voix entoilée
Suis tombée à genoux
Dans ses mots
Comme l’on prie
Toucher à bras le cœur
L’insoutenable bonheur
D’un essentiel
Lumineux
Au trébuché
Vacille son visage
Absence
Reste une voix entoilée
Suis tombée à genoux
Dans ses mots
Comme l’on prie
Toucher à bras le cœur
L’insoutenable bonheur
D’un essentiel
Lumineux
L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue
Où je serai l’étrangère en ma maison,
Où j’aurai sous le front une ombre inconnue
Qui cache ma raison aux autres raisons.Ils diront que j’ai perdu ma lumière
Parce que je vois ce que nul œil n’atteint :
La lueur d’avant mon aube la première
Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.Ils diront que j’ai perdu ma présence
Parce qu’attentive aux présages épars
Qui m’appellent de derrière ma naissance
J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.Ils diront que ma bouche devient folle
Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font
Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles
Sortent d’un silence insolite et profond.Ils diront que je retombe au bas âge
Qui n’a pas encore appris la vérité
Des ans clairs et leur sagesse de passage,
Parce que je retourne à l’Éternité.
Souvent le coeur qu'on croyait mort
N'est qu'un animal endormi ;
Un air qui souffle un peu plus fort
Va le réveiller à demi ;
Un rameau tombant de sa branche
Le fait bondir sur ses jarrets
Et, brillante, il voit sur les prés
Lui sourire la lune blanche.
A fleur de regard
le silence, seulement
- retenu -
par le vol d'un goéland.
Guidées par le vent,
des odeurs de varech,
des ancres rouillées
battent le pavé.
L'urgence de la vie
lèche le vide,
dans un geste maladroit.
La mort rôde.
Une pluie - drue -
Frigidité d'un bout de terre
qui gémit sous les coups du sort.
La rue de Siam,
infinie,
incertaine,
étrangement longue,
frissonne sous les nuages bas.
L'haleine salée de la mer d'Iroise
s'effiloche
sur les toits.
Une vie en friches.
Le vent tremble au dessus de Brest.
Recueil "Au creux des îles " édition SOC & FOC
1540
Aussi imperceptiblement que le chagrin L'été s'en est allé—
Trop imperceptible enfin
Pour ressembler à quelque perfidie— Une quiétude s'est distillée
Comme un demi-jour commencé de longtemps, Ou la Nature qui aurait passé avec elle-même Un après-midi retiré—
L'obscurité s'est ramassée plus tôt—
Le matin, étranger, a brillé—
Courtoise, pourtant déchirante grâce, Comme invitée, mais qui s'en serait allée— Et ainsi, sans une aile,
Ni l'aide d'une quille
Notre été, léger, a pris la fuite
Vers la beauté.
1540
As imperceptibly as Grief The Summer lapsed away— Too imperceptible at last To seem like Perfidy—
A Quiestness distilled
As Twilight long begun,
Or Nature spending with herself Sequestered Afternoon—
The Dusk drew earlier in— The Morning foreign shone—
A courteous, yet harrowing Grace, As Guest, that would be gone— And thus, without a Wing
Or service of a Keel
Our Summer made her light escape Into the Beautiful.
Emily Dickinson, 40 poèmes -Emily Dickinson et Charlotte Melançon Emily Dickinson Volume 28, numéro 2, Avril 1986 Éditeur(s) Collectif Liberté
ISSN 0024-2020 (imprimé) 1923-0915 (numérique) Citer cet article
Emily Dickinson et Charlotte Melançon "Emily Dickinson, 40 poèmes." Liberté 282 (1986): 21–50.
.... Et je ne reverrai jamais ma douce Attys.
Mourir est moins cruel que ce sort odieux ;
Et je la vis pleurer au moment des adieux.
Elle disait : " Je pars. Partir est chose dure. "
Je lui dis : "Sois heureuse, et va, car rien ne dure.
mais souviens-toi toujours combien je t'ai aimé.
Nous tenant par la main, dans la nuit parfumée,
Nous allions à la source ou rodions dans les landes.
J'ai tressé pour ton cou d'entêtantes guirlandes ;
La verveine, la rose et la fraiche hyacinthe
Nouaient sur ton beau sein leur odorante étreinte ;
Les baumes précieux oignaient ton corps charmant
Et jeune. Près de moi reposant tendrement,
Tu recevais des mains des expertes servantes
Les mille objets que l'art et la mollesse inventent
Pour parer la beauté des filles d'Ionie......
traduction de Marguerite Yourcenar
extrait de l'anthologie " Quand les femmes parlent d'amour " de F. Chandernagor
Dans l’azur de l’avril et dans l’air de l’automne,
Les arbres ont un charme inquiet et mouvant.
Le peuplier se ploie et se tord sous le vent,
Pareil aux corps de femme où le désir frissonne.
Sa grâce a des langueurs de chair qui s’abandonne ;
Son feuillage murmure et frémit en rêvant,
Et s’incline, amoureux des roses du Levant…
Le tremble porte au front une pâle couronne.
Vêtu de clair de lune et de reflets d’argent,
Le bouleau virginal à l’ivoire changeant
Projette avec pudeur ses blancheurs incertaines.
Les tilleuls ont l’odeur des âpres cheveux bruns,
Et des acacias aux verdures lointaines
Tombe divinement la neige des parfums.
(extrait)
Au bout de l'amour il y a l'amour
Au bout du désir il n'y a rien
L'amour n'a ni commencement ni fin
Il ne nait pas, il ressuscite.
Il ne rencontre pas, il reconnait.
Il se réveille comme après un songe
Dont la mémoire aurait perdu les clefs.
Il se réveille les yeux clairs
Et prêt à vivre sa journée.
Mais le désir insomniaque meurt à l'aube
Après avoir lutté toute la nuit.
Parfois l'amour et le désir dorment ensemble
Et ces nuits-là on voit la lune et le soleil.
Quand les femmes parlent d'amour de Françoise Chandernagor
Cherche Midi
Je maraude en terres démunies
Je rapine en forêts arides
Je progresse en terrain nu
En quête
De cette voix intime
Qui n'affleure
Qu'entre solitude et silence
Qu'entre intervalles et manque
Qu'entre absence et vertige
Je circule à vide
En quête d'immensité
Territoires du souffle - Poésie / Flammarion
J'aime te sentir
Sur moi
Comme un pont écroulé
Ma rivière
Polira tes pierres
....
J'aime l'homme
Au dos vaste
Comme une steppe
Dans les profondeurs
De sa terre
J'écoute
Le bruit du troupeau de buffles
Qui le traverse
extraits parus dans l'Anthologie de la poésie féminine " Quand les femmes parlent d'amour " de Françoise Chandernagor . Editions Cherche Midi