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20 novembre 2006 1 20 /11 /novembre /2006 13:09

A pas lents et tardifs tout seul je me promène
Et mesure en rêvant les plus sauvages lieux ;
Et pour n'être aperçu, je choisis de mes yeux
Les endroits non frayés d'aucune trace humaine.

Je n'ai que ce rempart pour défendre ma peine,
Et cacher mon désir aux esprits curieux
Qui, voyant par dehors mes soupirs furieux,
Jugent combien dedans ma flamme est inhumaine.

Il n'y a désormais ni rivière ni bois,
Plaine, mont ou rocher, qui n'ait su par ma voix,
La trempe de ma vie à toute autre célée.

Mais j'ai beau me cacher je ne puis me sauver
En désert si sauvage ou si basse vallée
Qu'amour ne me découvre et me vienne trouver.

Philippe Desportes (1546-1606)

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19 novembre 2006 7 19 /11 /novembre /2006 10:32

Yves Tanguy illustra un de ses recueils  "Dormir, dormir dans les pierres",
voici "s'essouffler"de Benjamin Péret :

Ah fromage voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame au lait
Elle est du bon lait du pays qui l’a fait
Le pays qui l’a fait était de son village
 
Ah village voilà la bonne madame
Voilà la bonne madame fromage
Elle est du pays du bon lait qui l’a fait
Celui qui l’a fait était de sa madame
 
Ah fromage voilà du bon pays
Voilà du bon pays au lait
Il est du bon lait qui l’a fait du fromage
Le lait qui l’a fait était de sa madame


Le Grand Jeu 1926

 

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18 novembre 2006 6 18 /11 /novembre /2006 10:37

Sur une proposition de dame Lynet :

le calendrier les minutes et les heures
s'écoulent doucement
la rivière et l'automne
la rivière et l'absence
les arbres effeuillés

et quand la nuit s'empare de mes pensées secrètes
de mes amours d'enfant
mes statues en hiver
au bord de la colline
la neige et la beauté

tu ne pourras mesurer ton désir
que par le temps qui passe
entre les fois où tu bois à cette source-là
tu ne pourras mesurer ton désir
 
Gabriel Yacoub

extrait de la chanson Désir de l'Album Babel

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17 novembre 2006 5 17 /11 /novembre /2006 09:43
Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé

Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu

Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.

Louis Aragon
Extrait du "Fou d'Elsa",
Édition Gallimard

(collection Blanche)

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16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 03:31

Pantoum négligé

Trois petits pâtés, ma chemise brûle.
Monsieur le Curé n'aime pas les os.
Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !

Ma cousine est blonde, elle a nom Ursule,
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.

Que n'émigrons-nous vers les Palaiseaux !
Trois petits pâtés, un point et virgule;
On dirait d'un cher glaïeul sur les eaux.
Vivent le muguet et la campanule !

Trois petits pâtés, un point et virgule ;
Dodo, l'enfant do, chantez, doux fuseaux.
La libellule erre emmi les roseaux.
Monsieur le Curé, ma chemise brûle !

Paul Verlaine "Jadis et naguère"

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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 13:22

Récitation d'RV hier soir à la brune :

Harmonie du soir

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir,
Valse mélancolique et langoureux vertige!

           
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige;
Valse mélancolique et langoureux vertige!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

           
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

           
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige!
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir!

Charles Baudelaire

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14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 02:52

En déambulant à travers le marais de Bourges :

Des stèles funéraires
De l’empire romain
Aux haies de l’art topiaire
Décorant les jardins
La ville s’est lovée
Entre l’Yèvre et l’Auron
Qui par delà les ponts
Viennent se marier
Avaricum la bien                                       
Nommée où l’eau est lien                          
Entre l’homme et la terre                           
Biturige nocher
Qui s’en va naviguer
Sous le saule et le lierre
 
de Jean-Luc Aotret 10/11/06

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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 21:17

Entre 1922 et 1924 Paul Eluard habite Saint Brice sur La Forêt :

La Courbe de tes yeux

La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur,
Un rond de danse et de douceur,
Auréole du temps, berceau nocturne et sûr,
Et si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu
C'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu.
Feuilles de jour et mousse de rosée,
Roseaux du vent, sourires parfumés,
Ailes couvrant le monde de lumière,
Bateaux chargés du ciel et de la mer,
Chasseurs des bruits et sources des couleurs,
Parfums éclos d'une couvée d'aurores
Qui gît toujours sur la paille des astres,
Comme le jour dépend de l'innocence
Le monde entier dépend de tes yeux purs
Et tout mon sang coule dans leurs regards.

- entre Oct. 1924 et aout 1926 -

Ce poème provient du recueil intitulé " Capitale de la douleur "

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 02:55

Venise

Il semble qu'un soupir, un éternel soupir,
Peuple l'air embaumé d'échos mélancoliques ;
C'est un soupir qui sort de ces brillants portiques
Qu'habitaient autrefois les chants et le plaisir.

Car Venise déjà n'est plus qu'un souvenir.
Elle dort du sommeil des vieilles républiques.
- En vain vous attendez, vagues adriatiques,
Le doge fiancé qui ne doit plus venir.

De quel royal éclat tu brillais, ô Venise !
Au temps où te peignait Paul Véronèse, assise
Sur un velours d'azur, tenant un sceptre d'or !

Seul au Pont des Soupirs, un poète, à cette heure,
Penché vers ta beauté, rêve, contemple et pleure.
- Hélas ! jamais les pleurs n'ont réveillé la mort.

Nicolas Martin (1814-1877)

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10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 17:26
Les poèmes qui associent rose et chose - une suggestion d'Olivier Cousin :

La ronde

Dans mon cerveau, j’ai cent mille Amériques,
Et des zébus, des ibis, des bisons.
Enfants venez, jouons à la poursuite
Du jour qui passe et des neuves saisons.
Nous serons dix à célébrer ces rites.

Vous, les oiseaux, laissez-nous le passage
Car nous volons bien plus vite que vous.
Souffles du vent, écartez les nuages,
Nos fronts sont purs, nos yeux sont les plus doux
Que nul ne vît aux confins de notre âge.

Si le flamant nous suit, nous serons roses,
Et mordorés si panthère nous voit
Car nous prenons l’aspect de toutes choses
Dans ce royaume où nous sommes les rois
Du peuple épars de nos métamorphoses.

Nous serons cent si l’un de nous désire
Multiplier son corps par ses dix doigts
Et si le nombre à ses liens nous attire,
Nous serons mille et dicterons les lois
De l’écureuil à toutes nos familles.

Enfants venez, le monde est la fortune.
Nous tricherons pour être heureux ici.
Avec des fleurs nous construirons nos huttes.
Venu le temps d’opposer un défi
À ce qui meurt chaque nuit sous la lune.

Robert Sabatier
Les Châteaux de millions d’années
(Albin Michel, 1969)
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L'univers d'An Amzer

 

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