le chat noir

Dimanche 8 novembre 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

L’ombre noyait les bois... c’était un soir
antique...
Les Dieux puissants, vaincus par le Dieu
pathétique,
Après mille ans d’Olympe avaient quitté la terre
Et la Sirynx pleurait dans Tempé solitaire...
Sur la mer en émoi vres l’orient mystique
Une aube se levait... Pleins de souffles étranges
Les chênes remuaient des branches prophétiques
Et les grands lys élus versaient leurs blancs
calices
Aux lacs sanctifiés visités parles anges...

Le ciel était plus doux qu’un col de tourterelle
Rêveuse, en longs cheveux, une nymphe frêle
Tressait de pâles fleurs autour d’une amulette
Et près d’elle, dans le crépuscule idyllique
Un petit faune triste aux yeux de violette,
Disait sur un roseau son coeur mélancolique...
Et c’était le dernier amour du soir antique...

Albert Samain (1858-1900)

Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mardi 6 octobre 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Le soleil verse aux toits des chambres mal fermées
Ses urnes enflammées ;
En attendant le kief, toutes sont là, pâmées,
Sur les divans brodés de chimères armées  ;

Annès, Nazlès, Assims, Bourbaras, Zalimées,
En lin blanc, la prunelle et la joue allumées
Par le fard, parfumées,
Tirant des narghilés de légères fumées,

Ou buvant, ranimées,
Les ongles teints, les doigts illustrés de camées,
Dans les dés d’argent fin des liqueurs renommées.

Sur les coussins vêtus d’étoffes imprimées,
Dans des poses d’almées,
Voluptueusement fument les bien-aimées.

Germain Nouveau (1851-1820)

Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Samedi 5 septembre 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

A Raoul Fauvel

Merci ! Dans les Edens nouveaux
De jeunesse et de bébêtises,
Tu vas retremper nos cerveaux
Avides de ces friandises.

Rieurs des humaines sottises,
Nous restons les naïfs dévôts,
Prenant les Guignols pour églises.
Pierrot-Pontife a nos bravos.

En avant ! Ils vont tes fantoches,
Avec d’hilarantes taloches,
Nous faire oublier doucement

Les tragiques marionnettes
Politiques dont les sornettes
Ont un sinistre dénoument !

Georges Lorin
Revue L’Hydropathe, n°13, du 10 juillet 1979 - Poème écrit le 24 juin 1879.


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 2 juillet 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Comme tu grandis... aussi rond qu’un diacre,
Déjà bachelier... oui, mais à présent,
Cherche si tu peux un cocher de fiacre
Qui n’ait pas ses deux bachots, c’est rasant

Tu voudrais pourtant faire quelquechose,
Banquier ?... je t’en fiche il faut de l’argent.
Notaire ?... Et l’étude ? Ah ! tout n’est pas rose ;
A quoi sert-il d’être intelligent ?

Médecin ? jamais l’hôpital, ça schlingue :
Avocat ?... Oui mais il faut du bagout :
Député ?... caca, dans chaque métingue
Il faut discuter du tout à l’égout.

extrait de Conseils à mon filleul âgé de huit jours
Gabriel Montoya
Guide de l’Etranger à Montmartre



Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Jeudi 26 mars 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Montmartre est le bruyant sommet
Où la Muse surgit, pareille
A la nymphe qui chate et met
Son chapeau floré sur l’oreille.

Si nous vivions encore aux temps
Où la Dryade et l’asphodèle
Se miraient aux mêmes étangs,
Les dieux seraient amoureux d’elle,

Mais, si près qu’elle soit des dieux,
Dans les splendeurs de son Olympe,
Ce n’est point pour les vastes Dieux
Qu’elle a jeté corset et guimpes.

Loin du trépied et des autels
Cette grandeur soeur de Lisette
Préfère à tous ces Immortels
Un gueux qui lui fasse risette.


extrait de "La poésie à Montmartre"
de Clovis Hugues (1851 - 1907)


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Lundi 9 février 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Je suis lassé de tout  : de moi comme des autres,
Des penseurs importuns qui me viennent le soir,
Et des amis joyeux qui font broyer du noir,
Des vers que je compose, ô maîtres, et des vôtres…

Des Judas de carton et des faux bons apôtres,
Des filles qui s’en vont trottant sur le trottoir,
Des mondaines trichant d’amour en leur boudoir,
O mon rêve ! et des lits banals où tu te vautres  !

J’ai trop de gaz dans l’œil et d’alcool dans le sang,
Trop de nerfs excités, trop de contacts laissant
A fleur de peau comme une odeur de cantharide.

Voici pondre là-bas l’aube de floréal ;
Le chevalier Printemps accourt à toute bride.
Je me sens un béguin très pur pour l’Idéal.

Emile Goudeau,
Les poèmes ironiques, 1884


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander
Jeudi 8 janvier 2009
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Moi, ça m’emmerde l’jour de l’an :
C’est des giri’s, c’est des magnières,
On dirait qu’on est des rosières
Qui va embrasser sa maman.

C’en est des fricassé’s d’museau :
Du p’tit môme à la trisaïeule,
Les gén’rations s’ lich’nt la gueule...
Et d’dans ça s’dit : Crèv’ donc, chameau !

Su’ l’ boulevard on n’est pas chez soi :
Ya’ cor’ pus d’ mond’ que les dimanches,
Autour d’un tas d’ baraqu’ en planches,
Des magnièr’s de nich’ oùsqu’on voit :

Des poupé’s, des sing’s, des marrons
Glacés, des questions nouvelles,
Des dragé’s, des porichinelles,
J’ te vas en fout’, moi, des bonbons !

Tas d’ propr’ à rien, tas d’ saligauds,
Avec vos môm’, avec vos grues,
Vous m’barrez l’ trottoir et les rues,
J’ peux pas rammasser mes mégots !

C’est qu’il a du mal, el’ trottoir,
Pour caler les jou’ à son monde :
J’ peux pus compter su’ ma gironde,
On m’ l’a ramméssé’ l’aut’ soir.

Et faudrait q’ j’ay’ el’ coeur content ?
Ah ! nom de Dieu ! c’est rien de l’ dire :
J’étais ben pus chouett’ sous l’empire...
Ça m’emmerdait pas l’ jour de l’an !

Aristide Bruant
(1851-1925)


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Vendredi 26 décembre 2008
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

C’est le terme. Au pavé, les gueux. Bon débarras !...
Empile vivement dans la charrette à bras
Ton poussier disloqué, tes deux caisses de pailles,
Tes poêlons, tes outils, tes guenilles, canaille,
Et file ! fous le camp tout droit, sans savoir où.
Cherche si le hasard te garde encore un trou
Suffisamment hideux pour servir de tanière
Aux tiens, en attendant le trou du cimetière ;

L’homme est dans les brancards. L’aîné, le moins chétif
Des petits, va derrière : il surveille attentif
L’équilibre branlant des haillons de famille.
Et, quelques pas plus loin, un gosse qui sautille
A côté de la mère, admire gravement
Le trésor qu’elle porte avec recueillement
Sous un globe, idiote et touchante relique :
Sa couronne de fleurs d’oranger symbolique.


André Gill
La Muse à Bibi, 1879


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 6 commentaires - Recommander
Dimanche 23 novembre 2008
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

A Madame S. de F.

Ecartant les taillis, courant par les clairières,
A travers la forêt des spontanéités,
Et cherchant dans l’émoi des soifs aventurières
L’oubli des paradis pour un instant quittés,

Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Pour parfumer l’air fade et pour cacher les pieds
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées
Vous vous ressouvenez de l’idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s’éteint.

Alors l’ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

Charles Cros
Le coffret de Santal - Sept portraits


Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 30 octobre 2008
affiche de Théophile-Alexandre Steinlen
pour en savoir plus sur le chat noir cliquez sur l'image

Le vent tourbillonnant, qui rabat les volets,
Là-bas tord la forêt comme une chevelure.
Des troncs entrechoqués monte un puissant murmure
Pareil au bruit des mers, rouleuses de galets.

L’Automne qui descend les collines voilées
Fait, sous ses pas profonds, tressaillir notre coeur ;
Et voici que s’afflige avec plus de ferveur
Le tendre désespoir des roses envolées.

Albert Samain poète du chat noir
extrait d'automne
Le Chariot d’Or - Intérieur

Par Janus
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Calendrier

Novembre 2009
L M M J V S D
            1
2 3 4 5 6 7 8
9 10 11 12 13 14 15
16 17 18 19 20 21 22
23 24 25 26 27 28 29
30            
<< < > >>

L'univers d'An Amzer

d'un clic sur l'image

le site
et son temporamètre
la feuille du temps
l'édition de recueils
les publications bizarres
pages et blogs anamzeriens
les jeux poétiques
les partenaires

Derniers Commentaires

Recommander

 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés